Ttyemupt

Un site utilisant unblog.fr

Archive pour la catégorie 'Jacques-Alain Miller'


Tout le monde est fou (1), par Jacques-Alain Miller

6 décembre, 2012
Jacques-Alain Miller | Pas de réponses »

fichier pdf 1-14Nov2007-OL3-10

 

 

 

Ecole de la cause freudienne La lettre mensuelle 212 novembre 2002

3 octobre, 2012
Graciela Brodsky, Jacques-Alain Miller, Judith Miller, La lettre mensuelle, Marie-Hélène Brousse | Pas de réponses »

Pratiques en institution

3 Psychothérapie institutionnelle et pratique à plusieurs – Dominique Wintrebert

7 Une expérience, l’Antenne 110 – Bruno de Halleux

P.I.P.O.L

10 Déclaration d’intention – Antonio di Ciaccia

13 Lettre italienne – Jacques-Alain Miller

14 Réactions Graciela Brodsky, Judith Miller, Marie-Hélène Brousse

Cas cliniques

16 Le rire de l’Autre – Yasmine Grasser

Les marques pages

19

Ici … Ailleurs

28 La place d’Omessa – Viviane Marini-Gaumont

29 Bogota et la psychanalyse – Lizbeth Ahumada Yanet

L’époque

30 La « psychiatrie mondiale » … – Joëlle Joffe

fichier pdf La lettre mensuelle 212 novembre 2002 (o5)

Jacques-Alain Miller – Roland Barthes

8 septembre, 2012
Jacques-Alain Miller, Roland Barthes | Pas de réponses »

Annaëlle Lebovits-Quenehen. : Lacan a toujours été attaqué, aussi bien de son vivant, qu’aujourd’hui. La doxa se méfie volontiers du lacanisme. Cela participe-t-il à vous maintenir lacanien ?

 

Jacques-Alain Miller. : Oui, c’est vrai. J’aimais beaucoup quand l’Université rejetait Barthes, quand elle considérait que Barthes n’était pas possible, et moi, justement en 1962, je voulais absolument le connaître parce que j’avais lu son petit livre sur Michelet, formidable. C’est tout ce que j’avais lu de lui à l’époque, et je me suis demandé s’il faisait cours. Il commençait son séminaire à l’Ecole des Hautes Etudes. Je suis allé m’y inscrire. Nous étions vingt autour d’une table avec lui. À l’époque, il était frappé d’anathème par l’Université, et il est vrai que j’ai été déçu quand j’ai constaté qu’après sa mort, il était devenu le pape, qu’on le citait partout, à tout propos, alors que j’avais connu le temps où rares étaient les preux de Roland Barthes. Quand il est passé à la postérité, ça a changé quelque chose pour moi, sans doute.

 

« Le démon de Lacan », in Le Diable probablement, n°9, « Pourquoi Lacan ».

Jacques-Alain Miller, « Extimité », 28 mai 1986

7 septembre, 2012
Jacques-Alain Miller | Pas de réponses »

XXII – 28 mai 1986

Ce que j’explique ici n’est pas abstrait même si on peut supposer que ce dont il s’agit est abstrait de la langue qu’on parle. Ce n’est pas abstrait en tant que tel, mais concret. C’est ce qu’il y a de plus concret dans la psychanalyse.

Dans ces démonstrations, on peut saisir qu’il s’agit d’un maniement de la lettre, et on s’imagine que c’est parce que Lacan a fait valoir l’instance de la lettre à partir du champ littéraire, qu’elle trouve là son incarnation vivante. Ce que je fais ici est un rappel de la valeur de l’instance logique de la lettre. Ce n’est nullement à négliger dans une orientation qui a rappelé la fonction de l’objet dans l’expérience analytique. Je me demande comment on pourrait à la fois me reprocher de négliger la lettre et me faire grief du primat du mathème. C’est un grief qui dure depuis dix ans, depuis qu’une certaine Journée des mathèmes avait convulsé l’École freudienne de Paris.

La dernière fois, je crois avoir exposé et animé la différence de l’incomplétude et de l’inconsistance. Je crois même avoir fait remarquer que la logique pourrait là se convertir en clinique, et ce de la façon la plus directe. Il y a, en effet, une clinique de la complétude et il y a une clinique de la consistance. C’est même par là qu’on aurait pu aborder, d’un coté, l’obsession et, de l’autre côté, l’hystérie. En effet, l’écriture de B B = B B est une écriture valable du proton pseudos, du mensonge primordial de l’hystérie isolé par Freud, et qui a ce paradoxe de n’être pas un mensonge qui cache la vérité mais d’être un mensonge qui est la vérité. À cet égard, la plainte de l’inauthenticité dans l’hystérie est parfaitement authentique. Elle se conjugue volontiers avec la position de se faire le porte-parole de la vérité. Ce paradoxe subjectif ne fait que répercuter cette équivalence écrite de B B = B B entre une position et son contraire – position qu’on diffame lorsqu’on qualifie le discours qui s’ensuit de mythomanie. La mythomanie hystérique est un diagnostic qui ne peut être posé que par quelqu’un qui croit au métalangage. La mythomanie hystérique est au plus près de la vérité, de la vérité comme structure de fiction.

J’ai dit, la dernière fois, que l’obsession pouvait se placer dans une clinique de la complétude. La perversion en fait aussi partie. Elle fait partie de cette clinique de la complétude. En effet la passion perverse est bien d’obtenir, non pas par le signifiant mais par l’objet, la complétude de l’Autre, la subsistance de l’Autre comme complet. C’est ce qui peut donner naissance au repérage clinique du fantasme de la mère phallique. J’ai donc, la dernière fois, déployé l’ambiguïté présente dans A barré. C’est une ambiguïté féconde et sur laquelle il faut jouer. Il s’ agit de l’ambiguïté du manque dans l’Autre : l’incomplétude, et du manque de l’Autre : l’inconsistance.

Pour faire saisir en quoi ce maniement de la lettre, ce maniement de la fonction de l’écriture, est concret dans l’analyse, il faut prendre les choses à la base. Il faut prendre les choses à la base, puisque ce qu’on a fini par admettre, c’est que la fonction de la parole est opératoire dans l’analyse. Il y a, bien sûr, un glissement, une mutation à passer de la fonction de la parole à la fonction de l’écriture. C’est un passage qui est sensible dans l’enseignement de Lacan, même si à partir de l’explicitation de cette fonction de l’écriture, on s’aperçoit que c’était impliqué depuis le début dans la fonction de la parole. Il n’empêche que le rapport de Rome porte le titre de « Fonction et champ le la parole et du langage » et que la fonction de l’écriture n’y est pas mise au premier plan.

Du fait de l’expérience analytique, considérée radicalement, nous prenons le sujet en question, c’est-à-dire aussi bien le sujet qui pose sa question, le sujet en tant qu’il est question, en tant qu’il ignore en quoi il est réponse, en tant qu’il ignore ce qui en lui est déjà réponse. Nous prenons ce sujet en question comme constitué dans le champ du langage. Nous le prenons comme institué dans ce champ. En cela, il y a un réalisme à nous dans l’analyse. Libre à d’autres d’avoir le leur. Chaque discours a son réalisme. Réalisme biologique par exemple, ou sociologique. Le problème est que ces réalismes ne donnent rien si on les importe dans la psychanalyse. à cet égard, notre position est une position de prudence. Nous ne nions pas ces réalismes mais nous nous occupons du réalisme qui fonctionne dans notre expérience. Ce réalisme peut être taxé d’idéalisme par les autres réalismes, mais enfin, nous en avons autant à leur service.

Notre réalisme à nous est au niveau du signifiant. Comment illustrer ce propos si général ? « Andromaque, je pense a vous! » C’est cela le réalisme au niveau du signifiant exploité par le poète. « Andromaque, je pense à vous! » – et Andromaque est là. Elle est là bien que l’on ne pense à elle que de ce qu’elle soit absente, reculée dans le temps, dans une zone dont on doit bien supposer que la notion qui nous en est apportée par la lettre est mythique. Pourtant de cet appel, de cette nomination, elle est là, elle est rendue présente. Je préfère illustrer ainsi cette fonction que par l’exemple de l’éléphant que donne Lacan dans son Séminaire I.

Cette fonction, on peut la dire avec les termes de Baudelaire lui-même, non pas avec les termes qu’il emploie dans le poème, mais dans le compte-rendu, qui constitue une projection de son esthétique, de son essai sur Constantin X, le peintre de la vie moderne, comme il a nommé. Il y a là, comme le dit Baudelaire lui-même, un effet résurrectionniste : « Il y a une contention de mémoire qui dit à chaque chose : Lazare, lève-toi! ». C’est un effet qui est hors de toute esthétique volontaire. Cet effet, il abonde dans l’expérience analytique. Derrière Lazare qui se lève, se lèvent aussi, pas forcément en ordre, pas forcément là où on les attend, les affects, qui donnent comme un sceau de garantie à cette contention de mémoire.

Il faudrait reprendre le poème intitulé Le Cygne, qui débute par cet « Andromaque, je pense à vous! ». Si Andromaque est là d’entrée de jeu dans le personnel imaginaire de ce poème, c’est en tant qu’elle est par excellence la veuve, celle qui a perdu son époux. Le poème – c’est là sa clé – débutant par cette évocation qui rend présente Andromaque, est un poème à l’objet perdu. L’avant-dernière strophe le montre sans ambiguïté : « à quiconque a perdu ce qui ne se retrouve / Jamais, jamais ». Ce poème à l’objet perdu fait d’ailleurs basculer Andromaque elle-même dans le statut du déchet. La seconde fois où son nom figure dans le poème montre qu’elle est elle-même ainsi cadrée. Elle est cadrée par sa chute : « Andromaque, des bras d’un grand époux tombée ». Il y aurait beaucoup de choses à exploiter de ce vers.

Dès le second vers, il y a une évocation du miroir : « Pauvre et triste miroir », puis, un peu plus loin, est évoqué le « Simoïs menteur ». Ce Simoïs figure exactement l’évocation d’Andromaque par Virgile : « Un cours d’eau qui imitait le Simoïs »… Le Simoïs est un fleuve troyen, et Andromaque n’a, là où elle est en exil, en Épire, qu’un semblant de Simoïs. À la traduction si exacte de Baudelaire qui adopte ce faux Simoïs, ce « Simoïs menteur », je donne la valeur de viser explicitement – dans la douleur la plus vraie : « l’immense majesté de vos douleurs » – le proton pseudos. On ne peut évidemment pas s’empêcher ici de songer à la façon dont Baudelaire pouvait être intéressé secrètement à la position d’une veuve remariée de force, puisque vous savez que la tragédie de son existence vient du remariage de sa mère.

Maintenant et bien que je sois tenté de poursuivre sur ce poème, je vais aller à ce qui peut seulement dans cette évocation, nous servir à propos du champ du langage, à propos de la fonction de la parole et de celle de l’écriture.

Vous savez où ça lui vient cette pensée, à Baudelaire? Je le cite : « Comme je traversais le nouveau Carrousel », ce Carrousel, nous le connaissons encore, mais il faut savoir que ce que nous connaissons aujourd’hui sous les espèces majestueuses et dégagées du Carrousel et de la place du Louvre était avant très différent. Cette place du Louvre, elle fait d’ailleurs toujours causer. Ça fait toujours insurrection pour savoir ce que l’on va construire dessus. On a, à l’époque, soigneusement nettoyé ce qui était au fond tout un quartier, pour donner cet espace que je dis majestueux. Il y avait, avant, un quartier misérable et décrépit. Vous en avez l’évocation chez Gérard de Nerval. Vous en avez, il me semble, aussi l’évocation au début de La Cousine bête de Balzac. C’est dans les ruelles de ce quartier que Balzac fait commencer son roman. Baudelaire, d’un mot, l’évoque comme un « bric-à-brac confus ».

Ce quartier, de par la volonté hausmannienne, a été balayé. Il n’y a pas de meilleure image pour ce admet Lacan évoque comme « le terre-plein nettoyé de la jouissance ». Si on admet d’incarner ce terre-plein nettoyée de la jouissance par ce quartier balayé de la ville, alors, le Cygne, qui donne son titre au poème – et pourquoi ne pas faire à Baudelaire le crédit de l’équivoque phonématique de ce titre – prend sa valeur emblématique. Il prend sa valeur emblématique de ce qui reste sur le terre-plein nettoyé, où la jouissance, qui n’est plus réveillée que par la mémoire – la « mémoire fertile », dit Baudelaire a été vidée. Ce vidage est exactement ce que le poème met en scène. Ce poème commence avec l’évocation de l’eau, avec l’évocation de ce petit fleuve nourri des larmes d’Andromaque. Il commence par cette évocation liquide, aquatique, mais dès lors que surgit l’image du terre-plein nettoyé, on est à sec : c’est « près d’un ruisseau sans eau la tête ouvrant le bec » que nous rencontrons d’abord le cygne.

Je ne vois pas pourquoi j ‘abuserais votre bonne volonté – dès lors que je suis ici, je suis invinciblement conduit à la supposer – en fixant sur ce cygne le grand phi, le signifiant de la jouissance, à condition de préciser, comme le veut le fonctionnement correct du symbole, qu’il s’agit de la jouissance asséchée. La belle Andromaque éplorée près du petit fleuve se révèle en une autre image :  « Près d’un ruisseau sans eau la bête ouvrant le bec ». Et c’est alors que cette figure se révèle rongée, dit Baudelaire, « d’un désir sans trêve ». S’il y a un fil présent dans Les Fleurs du Mal, c’est bien le fil de cette insistance. C’est là l’image baudelairienne de la créature humaine : « la bête ouvrant le bec ». Elle est parfois présentée d’une façon moins délicate et franchement horrible, par exemple dans le poème intitulé Une charogne.

Dans Le Cygne, Baudelaire évoque à sa façon Ovide : « J’y vois ce malheureux, mythe étrange et fatal, / Vers le ciel quelquefois, comme l’homme d’Ovide, / Vers le ciel ironique et cruellement bleu, / Sur son cou convulsif tendant sa tête avide, / comme s’il adressait des reproches à Dieu! » Il y a là une référence très précise aux Métamorphoses d’Ovide, exactement sur un point qui a retenu Freud, à savoir la station debout de l’être humain, où il voyait la distance prise par l’homme avec ses déchets, précisément avec l’odeur de ces déchets. Voici ce que dit Ovide : « Le Créateur éleva le front de l’homme, lui ordonna de contempler les cieux et de fixer ses regards vers les astres ». ça, c’est la version optimiste de la station debout de l’homme. La version freudienne est sensiblement différente, et celle de Baudelaire se boucle sur le mot qu’il faut : « Comme s’il adressait des reproches à Dieu! ».

C’est là qu’il ne faut pas négliger le mot de mal inclut dans le titre des Fleurs du Mal. Ce mot trouve là sa garantie divine. La figure constante des Fleurs du Mal, c’est bien, en effet que Dieu veut le mal. À cet égard, Baudelaire, et pourquoi pas Le Cygne, s’inscrit dans la préhistoire de l’analyse, au sens même où Lacan, dans les conditions qui ont précédé et prépare l’émergence de Freud, prend en compte ce qu’il appelle la montée insinuante, depuis Kant et Sade, du thème du mal dans la littérature et du bonheur dans le mal. Cette longue histoire peut être détaillée à travers une littérature que l’on baptise trop vite romantique, même si c’était le qualificatif qu’elle se donnait. Dans le cours de cette histoire de la littérature romantique, Baudelaire, de l’aveu des critiques, marque une sorte de point de capiton, à partir duquel cette littérature peut être relue.

Nous reviendrons sur ce thème de Dieu qui veut le mal. Je me suis laissé un peu entraîné par cet Andromaque, je pense à vous !. J’ai voulu simplement reprendre la donnée de base du champ du langage et je n’ai pas pris comme un poncif cet Andromaque, je pense à vous !.

Je me suis même dit qu’on pourrait compléter la fin de ce poème énigmatique à l’objet perdu – disons plutôt le poème de l’objet perdu, puisqu’il ne s’adresse pas à cet objet mais à ceux qui l’ont perdu. Vous avez le distique final : « Je pense aux matelots oubliés dans une île, aux captifs, aux vaincus !… à bien d’autres encor ! » Ce sont les analysants qui se plient, qui se rompent à cette expérience-là. En effet que veut dire le Andromaque, je pense à vous ? Il veut dire : je pense à ce qui vous manque. C’est Andromaque, si je puis dire. Je pense à ce qui manque et qui est ce à quoi, vous, vous pensez. Il est clair que le cygne est une métonymie d’Andromaque. C’est comme cela que j’ai lu le vers qui vient tout de suite après l’évocation du cygne : « Auprès d’un tombeau vide en extase courbée ». Ce mot de courbée fait d’Andromaque la métonymie du cygne.

Je pourrais donner aussi sa valeur à ce que, dans le poème, le cygne est amené comme un cygne. Il ne devient le cygne que par le titre. Il n’y a donc là, comme c’est le cas le plus souvent chez Baudelaire, aucune évocation de La femme. Toute la valeur poignante de cet Andromaque, je pense à vous, vient de ce qu’il s’agit d’une femme. C’est là ce qui donne son sceau d’authenticité à ce poème. Il n’y a rien là qui soit de l’ordre de l’éternel féminin entendu comme La femme.

Admettons que dans cette excursus nous avons tout de même employé, peut-être de façon mémorable, ce poème de Baudelaire, qui n’était pas fait pour ça, comme un moyen mnémotechnique pour se rappeler la mise en place de quelques fonctions capitales dans l’enseignement de Lacan, et en particulier la fonction phallique, que célèbre, d’une façon si ridicule et si sublime, le cygne du poème de Baudelaire sur le terre-plein nettoyé de la jouissance. C’est de ce lieu que s’élève le poème. Le poème est lui-même le mémorial de ce vide-là. C’est de là que son chant s’élève.

J’en viens maintenant à cette articulation de la fonction de la parole et de la fonction de l’écriture, pour mesurer la mutation du concept de l’Autre qui est repérable dans l’enseignement de Lacan. Il en va de la structuration même de l’expérience analytique, puisqu’une psychanalyse est un certain parcours dans l’Autre, un certain parcours de l’Autre. Il faut donc ici que je décline cet Autre au sens de la déclinaison.

D’abord, je ne rappelle que pour mémoire – mémoire que j’espère fertile – l’Autre du langage. Invoque ainsi, tout de go, cet Autre n’introduit ni à l’incomplétude ni à l’inconsistance. Comme Autre du langage, il est par définition complet. On peut même dire qu’il est homogène. C’est un Autre sans extimité. C’est certain, et c’est pour cela qu’il peut faire l’objet d’une investigation scientifique. C’est pour cette raison que l’on a pu dégager, au niveau phonématique, une batterie complète, même si elle est diversement située selon les linguistes structuralistes. C’est cela qui a conduit la linguistique structuraliste à ne se fier qu’au tout, à exiger, pour la pratique de son analyse à elle, des tout partout. Cela avec certaines valeurs d’étonnement, de divertissement, voire de distraction, puisqu’on s’est attaché à découvrir partout dans la vie quotidienne, des systèmes de signifiants.

À cet égard, on pourrait aborder le poème Le Cygne comme un système de signifiants. Vous savez que c’est justement Baudelaire qui a fait les frais de cette tentative. Vous connaissez sans doute ce texte qui est l’un des textes critiques les plus fameux du siècle et, qui est l’exégèse structurale par Jakobson, flanqué de Lévi-Strauss, du poème Les Chats. Il y aurait beaucoup à dire sur cette tentative. D’ailleurs, tout le monde a trouvé beaucoup à en dire, au point que les commentaires souvent critiques sur ce commentaire structuraliste constituent une énorme bibliothèque. Il y a vingt-cinq ou trente articles qui ont été écrits depuis l’apparition de ce commentaire qui a été fait il y a près de vingt ans. Il y a une trentaine d’articles qui ont été faits sur Les Chats. J’ai préféré prendre Le Cygne et ne pas l’aborder comme un système de signifiants, mais enfin, ne ricanons pas, car cet abord a eu toute sa valeur. Vous en retrouvez le concept chez Lacan, mais situé à un niveau où rien ne manque, à un niveau où l’Autre est tout et sert d’horizon et de référence.

Peut-être pouvons-nous, pas à pas, distinguer, de cet Autre du langage, l’Autre de lalangue – lalangue en un seul mot. C’est une création de Lacan. C’est une création d’écriture, puisque, à dire cette expression, il est difficile, sauf à jouer sur le rythme de la voix, de faire entendre cette liaison de l’article et du substantif. Pourquoi cet artifice ? Eh bien, précisément pour se situer en-deçà du langage, et faire valoir que ce que nous appelons le langage est déjà une construction, une construction du grammairien et du linguiste. Écrire lalangue en un seul mot, c’est faire sentir que le langage et ses catégories sont déjà le fruit, dit Lacan, « d’une élucubration sur lalangue ». à cet égard, le langage fait complétude de lalangue. Ce n’est pas dire pour autant que l’on puisse taxer lalangue d’être incomplète par rapport au langage. Elle n’est pas incomplète, dans la mesure même où on adopte la position de principe que tout peut s’exprimer dans une langue – je l’ai déjà dit la dernière fois.

C’est au point qu’on ne puisse pas mettre les émotions, les affects comme émotions, en dehors de cette langue. Les affects, si ineffables qu’on les suppose, sont strictement déterminés par ce qui peut s’exprimer dans une langue. C’est même ce qui nous donne l’idée, pour opposer ethnologie et anthropologie, qu’il peut bien y avoir des émotions dont nous n’avons pas le concept. C’est bien ce qui rend vaines les tentatives anthropologiques, psychologiques ou philosophiques qui pensent pouvoir établir une gamme, une classification des émotions de l’homme. Les émotions sont relatives à une langue, et ce principe implique que ce qui ne peut pas s’exprimer dans une langue n’est pas ressenti. Il y a une dépendance de l’émotion par rapport à lalangue.

Ça implique corrélativement que pour ressentir, il faut qu’il y ait du sujet. Et nous, nous prenons, de par notre perspective de l’expérience analytique, le sujet comme constitué dans le champ du langage. C’est donc à cette condition du langage qu’il y a du sujet et qu’il y a même du signifié au sujet. On ne peut, en effet, ôter aux émotions et aux passions que ce sont des signifiés au sujet. C’est même pour cette raison que Freud, de la façon la plus explicite, dans le chapitre III du texte métapsychologique intitulé L’Inconscient, nie qu’il puisse y avoir des émotions inconscientes. Il pose très bien le critère qu’une émotion doit être signifiée au sujet.

Il faudra évidemment à partir de là, savoir faire sa place ultérieurement à l’expression équivoque et difficile de sentiment inconscient de culpabilité. On a fait glisser cette expression jusqu’à celle d’angoisse inconsciente. Mais ne rentrons pas encore dans cette zone où figure, il faut le dire, le Dieu qui veut le mal. Tenons-nous en à la condition de la subjectivation, comme ce qui d’un sujet est valable pour un autre sujet. Ça se définit pour rester au plus simple, à partir de l’interlocution. J’y reviendrai.

À ce niveau de l’Autre, il n’y a donc pas de signifiant qui manque, ni dans l’Autre de lalangue ni dans l’Autre du langage. Pour aller vite je dirai que si ça ne manque pas dans lalangue, si rien ne manque dans lalangue, c’est bien plus sur le mode de l’inconsistance que sur le mode de l’incomplétude. C’est d’ailleurs au moment où Lacan promeut l’inconsistance de l’Autre et en tire les conséquences – ça s’étend sur plusieurs années – qu’il invente, dans son Séminaire Encore, le terme de lalangue. Il ne la substitue pas au langage, il introduit là un terme de plus, à quoi il doit articuler son usage ancien du langage. Il ne dit pas pour autant que l’inconscient est structuré comme lalangue, puisque le concept même de structure est justement solidaire de celui de langage.

À cet égard, si rien ne manque dans lalangue, c’est parce qu’il n’y a pas de tout de lalangue. Visser l’article au substantif est une façon de rayer le la de la langue, c’est une façon de soutenir et de vérifier ce la, mais c’est aussi en même temps une façon de le déplacer, de le déplacer puisqu’il y a les langues et qu’aucune n’est substituable à une autre. Il y a là un principe de l’impossible de la traduction. Ce principe, qui est un principe de Quine, est là impliqué. Il est impliqué dans cette notion de lalangue. Il n’y a pas là de manque repérable. Autant on peut dire que dans le système langage comme tout, il n’y a pas de place pour l’extimité, autant on peut dire que l’inconsistance de lalangue ne fait pas barrage ou forclusion de l’extimité. C’est lorsqu’on prend le point de vue du grammairien ou du linguiste structuraliste que l’on raisonne en termes de système. À cet égard, même Chomsky n’y change rien. Le point de vue de lalangue lui, est distinct.

Le point de vue de lalangue s’introduit dès qu’il est question d’étymologie. Il y a là deux perspectives tout à fait distinctes : prendre la perspective des grammairiens ou faire des étymologies. Dans ce registre de l’étymologie, on est toujours dans le bric-à-brac. Il ne manque jamais rien. On en a même plutôt trop. On a un nombre infini de racines et de dérivations. On est toujours assuré de trouver, un petit peu avant, ce que ça voulait dire. Il n’y a donc pas de manque à ce niveau-là, mais ça n’empêche pas qu’on puisse en rajouter à ce niveau du concept bien discutable de la vie des mots. La vie des mots, ça veut dire qu’on ajoute. On ajoute, par exemple, le terme de lalangue. Peut-être qu’un jour ça fera flores, peut-être qu’un jour on cherchera à savoir comment ce vocable bizarre est entré dans la langue française. On dira peut-être que c’était à cause d’un Précieux du XXe siècle qui s’appelait Jacques Lacan. Donc pas de manque, mais non pas sur le versant de la complétude fermée. Pas de manque sur le versant de l’invention possible.

Après l’Autre du langage et l’Autre de la langue, disons maintenant un mot sur l’Autre de la parole.

C’est par cet Autre de la parole que Lacan a commencé. Il a commencé par là, c’est-à-dire à partir de l’interlocution. Cet Autre de la parole, il la connecté, d’une façon que rétrospectivement on peut dire hâtive, avec l’Autre du langage. L’Autre de la parole, il est au fond là comme interlocuteur. Mettre à cet Autre un grand A, c’est dire qu’il est toujours déjà là, même quand il n’y a personne en face. À cet égard, l’Autre de la parole est le supposé de la parole. L’interlocuteur est supposé – c’est là la figure la plus simple, la plus banale – savoir la même langue que vous. Il est supposé savoir vous répondre. Il est supposé vous entendre et vous répondre.

Cela change quand on introduit cet Autre comme lieu et non plus comme sujet. Là, l’Autre de la parole est à poser en tiers. Cet Autre en tiers, c’est d’abord le langage auquel se réfère l’un et l’autre. Mais la psychanalyse oblige le tiers à répondre. C’est là un des thèmes de Lacan, qui distingue, dans l’expérience analytique, la relation duelle de la relation qui s’établit du tiers au sujet, qui fait le quatrième.

Dans la mesure où cet Autre est toujours déjà là, il faut bien supposer que c’est avec lui que l’analysant a des difficultés. Cet Autre, en effet, il a, dans I’expérience analytique, à l’incarner sous les espèces de l’analyste. C’est pourquoi toute entrée authentique en analyse est connotée de A barré. Elle est connotée de difficultés avec l’Autre. Elle est vectorialisée par un appel à l’Autre. L’analyste n’erre pas s’il garde cette boussole de l’appel à l’Autre, et cela même si l’analysant formule cet appel – c’est son droit le plus strict et c’est même le mode le plus courant – sous les espèces de la dénégation. Cet appel, on ne le formule évidemment jamais bien. On le formule à l’envers ou bien on le formule trop fort. De toute façon, il n’y a pas de mot juste à cet égard.

Si je dis que l’analyste n’erre pas tant qu’il garde cette boussole, c’est parce que c’est ce qui a une chance de le protéger, c’est-à-dire protéger l’expérience elle-même, de l’acting-out. C’est ce qu’on peut déduire et analyser des circonstances et des conjonctures de l’acting-out en suivant Lacan qui se situe alors toujours en position de contrôleur. Il contrôle Ernst Kriss comme il contrôle Ruth Lebovici. Je fais là allusion aux deux analyses des conjonctures d’acting-out qui figurent dans La direction de la cure. Chaque fois que Lacan, en position de contrôleur, met en place cette conjoncture de déclenchement de l’acting-out, il l’impute au rabattement de l’appel fait à l’Autre sur la relation duelle. Le seul fait que la dimension de l’Autre ne soit pas soutenue par l’analyste, dirige aussitôt l’analysant sur une tentative d’obtenir en court-circuit un plus-de-jouir, un rapport comme direct avec l’objet a, sous des espèces qui sont, il faut le dire, de semblant. C’est ça que je dis comme. Ces espèces sont du semblant et elles peuvent faire penser, sous des modes graves ou bénins, à des perversions transitoires. À cet égard, l’acting-out nous présente, comme en réduction et de façon quasi expérimentale, ce qu’il advient lorsque se lève la dimension de l’Autre, c’est-à-dire lorsqu’elle s’efface et que le sujet se trouve alors comme en présence avec ce qui se cachait derrière cet Autre, à savoir une forme, une concrétion d’objet a.

Vous pouvez voir sous quelles espèces ça se présente dans La direction de la cure ». Ça se présente sous un mode où le simili est tout à fait manifeste. Il y est question d’odeurs. Il s’agit d’aller humer quelque chose. Quand l’Autre ne vous tire pas le visage vers le haut il ne vous reste qu’à aller renifler ce dont votre créateur avait eu soin de vous détourner en dirigeant votre museau vers les sublimations de la parole. Le Andromaque, je pense à vous !, c’est, bien sûr, un semblant. C’est un semblant qui peut se transformer, se métamorphoser, comme l’indique la référence de Baudelaire à Ovide.

C’est pour cela aussi que le psychanalyste incarnant l’Autre, l’incarne comme homme de paille. Il est en effet tout à fait vain de rénover le compte-rendu de cas en exigeant qu’on sente l’homme-analyste quand il rend compte d’un cas. Il n’est pas question que dans le compte-rendu de cas, on ait à toucher l’homme-analyste, comme je l’ai entendu formuler récemment. L’homme-analyste, c’est l’homme de paille. Cet homme de paille, dans ce cadre-là, on n’a pas à le renifler.

Au fond, nous sommes restés jusqu’alors dans un registre, qu’il soit de complétude ou d’inconsistance où rien ne manque. Pour introduire le manque au niveau de la parole, il y a la question. La question est la dimension subjective par excellence dans la fonction de la parole. La question enfantine est intarissable, jamais satisfaite. Elle peut toujours rebondir. Elle témoigne du processus interminable dans le langage. La question de l’enfant témoigne du recul que le sujet peut prendre par rapport à tout usage du signifiant. Et l’Autre répond. Comment l’Autre de la parole peut-il répondre ? Il ne peut répondre que par des paroles. À cet égard, on ne peut pas en sortir. On ne peut pas en sortir mais ce n’est pas dire que la parole soit un espace fermé. La parole est un espace ouvert mais qui n’a pas d’extérieur. Son extérieur est a l’intérieur même. À la parole répond la parole. On peut s’imaginer, dans le champ du langage, qu’il a métalangage. D’une façon générale, on se l’imagine à partir de l’écriture. C’est lorsqu’il y a fonction et champ de l’écriture et du langage que l’on peut faire semblant de métalangage. Mais au niveau de la parole, il n’y a pas de métaparole.

À cet égard, la fonction dite par Lacan de la bonne foi de l’Autre est indépassable. C’est seulement si on admet la bonne foi de l’Autre qu’il y aurait une métaparole. Ce qui, le plus souvent peut dans l’analyse faire fonction de métaparole, c’est la coupure de la séance. Après ça, on ne discute plus. On sait qu’après ça rebondit tout le temps, mais enfin, cette coupure de la séance fait comme si la bonne foi de l’Autre était posée. Ça marque un élément de consentement qui n’est pas éliminable. C’est un consentement qu’il n’y a pas lieu de travestir sous les termes d’alliance thérapeutique ou de contrat analytique, qui en rajoutent sur ce consentement de structure. Le consentement est déjà rendu nécessaire par la fonction de la parole.

Qu’est-ce qu’on y ajoute quand on dit alliance thérapeutique? On y ajoute que ce serait pour le bien du sujet. On se mettrait d’accord pour le bien du sujet. Avec le contrat analytique, on fait croire qu’on pourrait en appeler à l’extérieur pour vérifier que le contrat est respecté. À cet égard, il n’y a aucune chance d’appel. La dimension de l’expérience est spécialement privée d’appel à l’Autre de l’Autre. Cet Autre de l’Autre est en effet ce qui rode dans l’idée de contrat analytique. Ça fait croire qu’il y a un Autre de l’Autre, alors que c’est au niveau de la fonction de la parole que Lacan peut poser qu’il n’y a pas d’Autre de l’Autre. Ce consentement on pourrait dire qu’il est ludique. C’est un consentement à jouer le jeu. C’est évidemment toujours ouvert au pourquoi me dites-vous ça? Ce pourquoi me dites-vous ça est ce qui, derrière l’énoncé, met en question l’énonciation, met en question le désir. Cette question est inéliminable de la fonction de la parole.

C’est là que s’introduit la question de la garantie. La garantie, c’est avant tout un problème de complétude. La garantie, elle n’a de sens que si elle est dehors. Mais au niveau de la parole, il n’y a pas de dehors, et il n’y a donc pas de garantie. Ce qui pourrait faire croire à la garantie, c’est s’il y avait dedans un signe que c’est vrai. Ça, c’est une fonction, celle que Lacan appelle le Nom-du-Père. C’est une fonction qui fait croire qu’il y a, à l’intérieur, un signe comme quoi ça tient, un signe comme quoi rien ne manque.

Quand on parle de l’Autre de l’Autre, on peut imager au mieux la distinction de ces deux Autres. On peut l’imager au mieux dans ce qui se découvre sur le chemin de la méditation de Descartes. Descartes commence précisément sa méditation par un Autre sans garantie. Il l’appelle l’Autre trompeur. C’est, il faut le dire, la supposition la plus raisonnable du monde. De cet Autre trompeur, Descartes n’extrait rien qui soit exact. Il n’extrait comme seule référence qu’une certitude. Il extrait la certitude qui est celle du sujet mais comme vide. Descartes n’extrait rien de l’Autre trompeur sinon un terre-plein nettoyé. C’est ce qu’il appelle le je pense, je suis.

Après tout, l’expérience analytique se tient à ce niveau-là. Elle se tient au niveau de ce je pense où on peut parfaitement formuler : Andromaque, je pense a vous !, ça, c’est le je pense baudelairien. C’est un je pense à. Il est cohérent avec le je pense cartésien qui ne me permet pas de penser pour autant que je suis quelque chose, que je suis ceci ou cela. À cet égard, il n’y a pas d’abus à considérer que le sujet de ce jepense est un sujet sans signifiant. C’est un sujet sans signifiant tant qu’il est sous la dépendance de l’Autre trompeur, de l’Autre qui ne vous veut pas du bien au niveau de la connaissance. Ce sujet est sans signifiant et il est même réductible au manque de signifiant.

Vous savez qu’ensuite, sur son chemin, Descartes découvre un autre Autre. Après le Dieu trompeur qui est sa première supposition, et à la suite de déductions qui dépendent d’axiomes non démontrés, il en arrive à un second Autre qui est l’Autre de la bonne foi qui est le Bon Dieu. Ça laisse évidemment déjà se profiler l’idée du Dieu mauvais, celui à qui on pourrait s’adresser pour lui faire des reproches. Cet Autre de la bonne foi Descartes le pose comme garant de vérités éternelles. C’est en quoi la psychanalyse n’est pas cartésienne. Elle l’est au niveau de son sujet, mais ça ne fait qu’émerger pour être aussitôt comblé.

Chez Descartes, il y a, au contraire, un Autre de l’Autre. Cet Autre de l’Autre, c’est l’Un, c’est le vieil Un. Descartes a le bon goût de poser que, après tout, on ne s’occupe pas de ce qu’il pense. Une fois que cet Autre de la bonne foi est là, ça n’a plus d’importance. Ce qu’il pense n’a plus d’importance. On fait ses petites affaires avec le signifiant qu’on a, et avec lequel on va être rapidement capable de ravager terre entière. Ça s’est vérifié. D’autres, à cet égard moins prudents, ont considéré que, à cet Un, on pouvait être uni par la pensée. Ils ont appelé ça l’intelligibilité. C’est pourquoi on a pu voir revenir, au sein même de cet univers cartésien, toutes les fictions unitives les plus éculées, jusqu’à croire que Spinoza n’était qu’une resucée des élucubrations gnostiques.

La garantie dans l’analyse prend plutôt la figure d’être l’épreuve qu’il n’y en a pas. Sauf de ce que l’analyste garantit de sa présence. Il garantit que ce qui se fait vaut. Là, il n’y a lieu de distinguer deux positions de l’analyste. Il ne faut pas croire que Lacan a plaidé pour que l’analyste fasse le Père. Il a pu prêter à l’équivoque en restituant la fonction paternelle chez Freud. Il a pu prêter à l’équivoque de l’analyste comme Nom-du-Père. Mais cette déviation ne peut se produire que si l’on saisit la garantie comme un problème de complétude. On voudrait que l’analyste analyse à partir du Nom-du-Père, parce que le Nom-du-Père est la condition de la complétude.

On sait bien maintenant que ce n’est pas l’analyste-Père qui est à l’horizon de l’enseignement de Lacan. C’est, pour le dire vite, l’analyste-femme. C’est l’analyste en tant qu’il n’y a pas le L majuscule, qu’il n’y a pas L’analyste, comme il n’y a pas La femme. C’est cela qui, dans l’expérience analytique, met en fonction, non pas le Nom-du-Père, mais la jouissance de l’Autre. Ce qui n’est pas éliminable de l’expérience analytique – nous, nous le savons que trop sous les espèces camouflées de la réaction thérapeutique négative -, c’est qu’il y a jouissance. Ici, il y a jouissance.

À la semaine prochaine.

JAM, l’Orientation lacanienne, « Extimité » (28 mai 1986)

Yangsmit |
Un Amour Intemporel |
Avantquelaube |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Liberezvosidees
| Lezophe
| Ccalavie