Ttyemupt

Un site utilisant unblog.fr

Archive pour la catégorie 'Jean-Jacques Robrieux'


L’anacoluthe

11 septembre, 2012
Jean-Jacques Robrieux, stylistique | Pas de réponses »

L’anacoluthe

 

Du grec an privatif et de akolouthos, qui se tient, qui se suit, cette figure est une rupture de l’enchaînement syntaxique:

 

Mais seule sur la proue, invoquant les étoiles,

Le vent impétueux qui soufflait dans les voiles

L’enveloppe.

 

A. de Chénier, « La jeune Tarentine », Bucoliques, XI.

 

En principe, l’adjectif « seule » et le participe « invoquant » devraient être apposés au sujet de la phrase « le vent ». Ils sont curieusement apposés au complément d’objet direct « L’ » du dernier vers, ce qui ne correspond pas à la syntaxe correcte.

 

Pour que l’on puisse parler aujourd’hui d’anacoluthe, il faut pouvoir remarquer une entorse réelle à la syntaxe. D’où la difficulté de désigner une telle figure dans les textes classiques, car au XVIIe siècle, ce genre de décrochage était ordinaire:

 

[...] Hippocrate arriva dans le temps

Que celui qu’on disait n’avoir raison ni sens

Cherchait dans l’homme et dans la bête

Quel siège à la raison, soit le coeur, soit la tête.

Sous un ombrage épais, assis près d’un ruisseau,

Les labyrinthes d’un cerveau

L’occupaient. Il avait à ses pieds maint volume,

Et ne vit presque pas son ami s’avancer,

Attaché selon la coutume.

 

La Fontaine, « Démocrite et les Abdéritains », Fables, VIII, 26.

 

L’adjectif « assis » est apposé au complément d’objet « l’ » et non à « labyrinthes »; de même que « attaché » (qui signifie ici « absorbé ») se rapporte logiquement à Hippocrate et non à son ami, comme la syntaxe pourrait le faire croire à première vue. On ne peut donc parler d’anacoluthe véritable qu’en vertu d’une connaissance diachronique de la langue. Certains exemples modernes montrent des anacoluthes archaïsantes, qui rappellent la syntaxe latine:

 

Etourdie, ivre d’empyreumes,

Ils m‘ont, au murmure des neumes,

Rendu des honneurs souterrains.

 

Paul Valéry, « La Pythie », Charmes.

 

On a compris, d’après le contexte, que le sujet est féminin (la Pythie) et que par conséquent, le participe passé « étourdie » est apposé au pronom personnel « m’ » complément d’attribution, comme le permettrait la grammaire latine. Cet archaïsme va de pair avec des étymologismes fréquents chez le poète.

 

Jean-Jacques Robrieux, Les figures de style et de rhétorique.

 

Yangsmit |
Un Amour Intemporel |
Avantquelaube |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Liberezvosidees
| Lezophe
| Ccalavie