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7 septembre, 2012
Esthela Solano-Suarez, Rose-Paule Vinciguerra, Serge Cottet | Pas de réponses »

Répétition et science contemporaine

Soirée organisée par Rose-Paule Vinciguerra,

Membre de l’ECF et de l’AMP

Avec

Esthela Solano-Suarez

Membre de l’ECF et de l’AMP

Serge Cottet

Membre de l’ECF et de l’AMP

Esthela Solano. {…} dans l’enseignement de Lacan, qui est celui qui a été travaillé tout au long de l’année dernière par Jacques-Alain Miller dans son cours, L’orientation lacanienne, et c’est un nom { ?} que nous voyons apparaître dans le Séminaire XIX, …Ou pire. Quelle est la préoccupation de Lacan ? La préoccupation de Lacan est celle qui habite son enseignement du début jusqu’à la fin, c’est de se demander, Qu’est-ce que la psychanalyse et comment la psychanalyse opère ? Et dans ce sens, au cours de ce Séminaire XIX, Lacan se {?} amener comme Jacques-Alain Miller l’a mis en clair pour nous – parce que je me suis cassé la tête pendant des années sur la distinction dans l’enseignement de Lacan du registre de l’être et de l’existence, et grâce à cette mise en ordre, à cette élucidation formidable qui nous a été proposée par Jacques-Alain Miller l’année dernière, ça se dégage d’une façon absolument limpide, et on peut suivre les coordonnées de ce mouvement avec beaucoup de sens, comme si Jacques-Alain Miller avait tracé des jardins à la française, dans cette question lacanienne concernant l’être et l’existence.

Donc la question, Comment la psychanalyse opère ? Alors, elle opère par la parole, bien entendu. Mais de quel ordre va être l’opération analytique, qui se tient toujours dans le registre de la parole, pour avoir une incidence sur un registre qui échappe aux sens, et qui est celui de la jouissance du symptôme.

Comme nous le savons Freud avait dans un premier mouvement de sa découverte, fait la découverte prodigieuse du sens du symptôme. Et par ce biais le sens du symptôme pouvait donc se déchiffrer comme étant une formation de l’inconscient, comme les rêves, les lapsus, les actes manqués, les mots d’esprit.

Or, il n’y a pas que cette dimension-là au niveau du symptôme. Freud trouve qu’il y a la dimension de ce qui se répète, au niveau de la jouissance, et il y a une dimension qui ne se laisse … souffrance du symptôme, qui n’est rien d’autre qu’une satisfaction substitutive pulsionnelle, qui fait obstacle à la guérison, qui fait obstacle au déchiffrage. Et même si ça se déchiffre il y a toujours un reste. C’est pourquoi Freud pense que, à cause de ce reste symptomatique, peut-être qu’une analyse doit être recommencée à plusieurs reprises, selon des cycles de cinq ans.

Alors la question est précisément celle-là parce, au fond, l’être, l’être fugitif de formation de l’inconscient c’est un être de langage. Mais il y a dans ces êtres de langage quelque chose qui est de l’ordre d’un effet de vérité, qui s’interprète et qui s’efface. Par contre le corps du symptôme n’a rien de fugitif, il y a quand même quelque chose d’une certaine permanence, et cette permanence relève de la jouissance.

Alors je vous renvoie au texte de Jacques-Alain Miller, « Lire un symptôme », publié dans le numéro de Quarto, numéro 26, qui est absolument limpide là-dessus.

Alors, ce pour quoi Lacan se voit amené à distinguer, au niveau du langage, le registre de l’être de celui de l’existence. Parce qu’au fond dès qu’on parle on fait venir à l’être des entités qui n’existent pas forcément. Donc, ce qui veut dire {?} du langage, c’est précisément quelque chose qui est de l’ordre de l’ontologie.

Mais Lacan va s’inspirer des Grecs, qui se sont aperçus précisément que l’être se couple dans sa dialectique au non-être, et que ça ne nous assure pas du tout de quelque chose de l’ordre de l’existence, c’est pourquoi ils vont chercher au-delà de l’être une dimension qui est celle de l’existence, de l’ek-sistence, ce pourquoi Lacan va s’orienter Plotin, qui fait une lecture du Parménide de Platon, pour isoler ce registre de l’ek-sistence. Et à partir de là, Lacan peut poser que dans le langage, ou le registre du langage, ou : ce qui est dit, la parole, ce qui fait discours, nécessite quand même de se référer à ce qui ek-siste à la parole, et dans ce sens il isole dans le registre de l’existence le réel du signifiant Un, en énonçant Il y a de l’Un.

Alors l’Un ici, c’est le signifiant Un tout seul. Qui ne fait pas chaîne signifiante avec l’autre. Et l’Un ici ce n’est pas le signifiant rhétorique parce que le signifiant rhétorique c’est ce lui de l’instance de la lettre qui va se substituer avec un autre signifiant pour produire la métaphore, qui va s’articuler en ordre signifiant pour produire l’effet de sens au niveau de la métonymie. Ici on est plutôt, pas dans le registre du signifiant rhétorique, mais dans le registre du signifiant mathématique au sens d’un signifiant qui n’est pas producteur du sens, parce qu’il est tout seul – pour qu’il y ait du sens, il faut qu’il y ait au moins deux signifiants.

Donc à partir de cet Un, c’est l’Un à partir duquel on peut penser la marque, une marque originelle, une marque originelle du signifiant sur le corps. Mais pour que cette marque puisse avoir des conséquences productrices des effets de langage, il y a une nécessité à ce que cette marque soit effacée, pour qu’apparaissent à cette place son inexistence. Et c’est précisément sur ce principe que Frege a théorisé la logique de l’engendrement de la suite naturelle des nombres. Je vous rappelle comment Jacques-Alain Miller a présenté ça l’année dernière, d’une façon très simple, {Esthela Solano écrit au tableau}

Nous avons l’Un, marque originelle {originaire?}, ensuite cet Un qui est effacé, l’effacement de cette trace fait apparaître quelque chose qui est de l’ordre d’un ensemble vide, et c’est justement dans une équivoque entre l’émergence de l’ensemble vide c’est-à-dire un ensemble qui ne comporte aucun élément, et le chiffre 0, c’est dans cette équivoque, d’après Lacan – vous pouvez lire ça dans le compte-rendu que Lacan fait du Séminaire …Ou pire, dans les Autres écrits -, c’est donc cette équivoque entre l’ensemble vide et le zéro, qui compte comme étant un, parce que là on voit bien, l’ensemble vide ne subsume aucune objet, mais au moins c’est un, un ensemble {?}, ce pourquoi ça va compter +1, et donc cette inexistence qui se répercute comme étant le comptage d’un +1, engendre le passage de 1 à 2, de 2 à 3, etc., et cela engendre l’Un numérique. Donc là on voit bien la différence entre l’Un de la marque originelle {originaire?}, le Il y a de l’Un qui est dans le langage, et ensuite la succession numérique, le Un numérique qui comporte l’effacement de cette trace, pour que l’inexistence compte comme étant de l’ordre de l’Un.

Bon.

Rose-Paule Vinciguerra. Quelle différence entre… non, après je te poserai la question, vas-y, continue.

Esthela Solano. Mais c’est du même ordre, c’est-à-dire que la suite des nombres engendre à partir de cet Un originel, mais aussi n’importe quel dit provient de cet Un qui est ce que Lacan appelle l’Un-dire. Et donc c’est un dire et c’est lui qui engendre la suite de n’importe quel énoncé dans la mesure où cette inexistence s’inscrit au lieu de l’Autre. Et cet Autre, c’est l’Autre que Lacan écrit dans le Séminaire, là encore, comme étant l’un en moins. Qu’est-ce que ça veut dire, l’un en moins ? Ça veut dire l’Un qui a été inscrit, et par suite effacé. Ce qui permet la symbolisation de l’absence. C’est l’opération basique de l’ouverture à l’être du langage. N’importe quel parlêtre, pas n’importe quel parlêtre, il y a des vivants qui n’arrivent pas à acquérir ce statut de parlêtre. Et on voit bien la difficulté qu’ils trouvent à ne pas pouvoir précisément faire ce pas qui comporte la subjectivation de l’inexistence, la subjectivation de l’absence.

Alors voilà pour … comment ça s’engendre, le Un numérique.

Alors, l’Un numérique, c’est celui dit Lacan dont procède la science … non, pas l’Un numérique, l’Un, l’Un de Il y a de l’Un, c’est-à-dire que elle implique la présence de l’Un dans le réel qu’elle manie. Parce que la science suppose qu’il y a de l’Un dans la nature et elle va extraire l’Un à partir des formules mathématiques. C’est pas à partir de la perception des phénomènes naturels que la science va extraire un savoir dans le réel, c’est à partir de l’application, de la formalisation de la vérité en allant extraire l’Un qui se trouve dans la nature. L’Un en tant que savoir dans le réel.

Mais pas-tout le savoir dans le réel ne se laisse déchiffrer et déchiffrer. Ça se fait par petits bouts. À petits pas. Petits pas qui marquent vraiment le tournant majeur au niveau de l’humanité. Et aussi il faut savoir que, elle avance, la science, mais en même temps, cela ne va pas sans produire des événements imprévus et qui comportent des catastrophes absolument formidables, incroyables. Les centrales nucléaires avec tous les progrès qu’on peut apporter mais en même temps qui devient de façon de plus en plus évidente une véritable menace qui à la longue pourrait comme dit Lacan faire disparaître la vermine humaine de la petite planète que nous habitons.

Donc Jacques-Alain Miller se demandait précisément si le savoir de la science ne serait pas animé au fond par la pulsion de mort.

Alors cet Un, cet Un, Il y a de l’Un, c’est l’Un qui fait événement de jouissance dans le corps. C’est l’impact de l’Un sur le corps qui fait émerger ce que Serge citait tout à l’heure, la phrase de Lacan du Séminaire L’envers de la psychanalyse, que j’ai trouvé absolument formidable, je ne la retrouve pas, je l’avais notée, quand tu disais que le trait …

Serge Cottet. … identique au trait unaire …

Esthela Solano. Le trait …

Serge Cottet. … au petit bâton, l’élément de l’écriture, d’un trait en tant qu’il commémore une irruption de jouissance dans le corps.

Esthela Solano. Voilà. C’est-à-dire que c’est le trait, cet Un qui dans la rencontre du corps fait trait de jouissance, et la répétition de l’Un commémore cette irruption de jouissance. Et en même temps, dans la répétition de l’Un il y a déjà une perte de jouissance parce que ça ne sera pas la jouissance originaire : elle se métabolisera déjà dans la répétition, elle se métabolisera dans la suite engendrée par la répétition de l’Un originaire. C’est comme ça que j’entends les choses.

Alors, oui, la science produit, par la manipulation du réel, à partir de la formalisation de la vérité et l’utilisation du signifiant mathématique, la science va extraire du réel de la nature un savoir, en même temps elle se couple à la technique pour produire des objets nouveaux. Freud s’étonnait déjà dans son Malaise dans la civilisation, de l’existence du téléphone, de la possibilité de prendre, disait-il, le train pour raccourcir les distances, de la possibilité de se servir du télégraphe – enfin, il parlait des gadgets de son époque, et il disait que grâce à ces progrès de la science les hommes étaient devenus semblables à des dieux, parce qu’ils pouvaient raccourcir les distances, le temps, avoir un autre rapport au temps, et tout cela, bon. C’est-à-dire que depuis le Malaise dans la civilisation de Freud jusqu’à nos jours, ça s’est quand même un petit peu accéléré, n’est-ce pas, à tout point de vue. Si on compare le télégraphe à internet, on voit bien le bouleversement majeu qui s’est produit dans notre rapport au temps, à l’espace, aux autres et au corps des autres. Je pense que le rapport au corps des autres n’est plus le même depuis … avant et après internet. Bon.

Ces gadgets, c’est quoi ? Ce sont des objets qui présentifient la voix et le regard notamment. Et dans ce sens, ce sont des objets qui sont des substituts pulsionnels. Et ce n’est pas pour rien que nous en devenons des addicts.

Rose-Paule Vinciguerra. Des quoi ?

Esthela Solano. Il y a une addiction, on est des addicts, non ? Addicts ?

Serge Cottet. Absolument, oui.

Esthela Solano. Des addicts aux objets. Moi je n’ai pas internet un jour, deux jours, trois jours, je me sens comme un manchot. C’est vrai, c’est pour dire qu’il y a comme une partie du corps qui manque, parce qu’on suppose qu’il y a toujours des messages aux gens qu’on n’a pas reçus, pas répondus, qu’il y a des choses que l’on est pas à l’heure, des tas de choses, qui sont attenantes bien entendu au travail, en ce qui me concerne. Mais on a l’impression vraiment de rester en dehors de, en dehors de tout, du cours de … alors moi, je n’ai pas l’addiction du portable, jusqu’ à présent je résiste, mais il paraît que quand on en a un, et surtout ceux qui sont extrêmement sophistiqués et absolument fascinants, il paraît qu’on ne peut plus vivre sans, on ne peut plus s’en passer. On a l’impression d’un manque fondamental.

Alors Lacan disait que grâce à ce support de la voix, les astronautes avaient pu quand même, malgré des petites épreuves difficiles qu’ils avaient traversées en se trouvant si loin de la maison, que grâce au support de la voix, parce qu’ils étaient branchés à l’alétosphère et aux ondes, et à la vois, et tout cela, qu’ils avaient pu quand même se sentir soutenus. Et que ça leur tenait le périnée – pour dire jusqu’à quel point c’est l’objet, le rapport à l’objet qui tient le corps. Et par exemple Lacan dit dans ce chapitre XI, « Les sillons de l’alétosphère » : oui, ils pouvaient dire des conneries telles que, Oui, tout ça va bien, ça va bien dans sa connexion avec la terre, mais je rigole beaucoup parce que quand j’entends des conversations de personnes qui marchent dans la rue : Oui, je suis là, au coin de la rue de Rennes et de la rue d’Assas : au fond, on se parle soi-même, pour être sûr qu’on est orienté, qu’on sait où on est {rires}.

Rose-Paule Vinciguerra. On parle tout seul.

Esthela Solano. On parle tout seul, en se donnant les coordonnées, la latitude …

Rose-Paule Vinciguerra. Serge, ton exposé …

Esthela Solano. Excuse-moi.

Rose-Paule Vinciguerra. Après tu reviens, non …

Esthela Solano. Il y avait tellement de questions, je me suis laissée aller {rires dans la salle} dans un trop de réponses. Alors, bon, voilà, je passe la parole à Serge.

Rose-Paule Vinciguerra. Oui mais tu reviens après, tu peux reprendre après dans la discussion, puisque, il y a des gens qui vont poser des questions.

Esthela Solano. Absolument, c’est toi la maîtresse des lieux, je m’en remettrai à ta décision.

Rose-Paule Vinciguerra. La maîtresse de maison. Non non, mais tu vas reparler, Esthela, je t’assure.

Esthela Solano. Elle me pose une tonne de questions et après elle me dit, C’est beaucoup trop ! {Rires dans l’assistance}

Rose-Paule Vinciguerra. Donc je vais poser quelques petites questions à Serge Cottet ensuite, on posera des questions à la salle {tout le monde rit}, et Esthela reprendra.

Esthela Solano. Oui, parce que j’ai pas dit l’essentiel. {rires} Je dirai après ça.

Rose-Paule Vinciguerra. Bon. {se tournant vers Serge Cottet} Bon, eh bien je crois que je n’ai plus de questions à te poser maintenant. Je vais … poser quand même quelques questions. Alors, très rapidement, donc, répétition dans l’imaginaire, avec l’imago comme cause, deuxièmement répétition sur fond d’objet perdu, impossibles retrouvailles, on répète dans la chaîne signifiante, bon. Donc, là, je supprime ce que je voulais te poser comme question. Troisièmement, le moteur de la répétition n’est plus la symbolisation de l’absence mais le trauma, c’est, il me semble, ce que Lacan appelle la dustuchia, la mauvaise rencontre, il me semble, donc, qui se répète, un réel sans loi, et tu dis une phrase – tu vois, c’est pas beaucoup – tu parles d’évitement à ce moment-là et tu dis la répétition rate le réel, alors, est-ce que la répétition rate le réel ou est-ce qu’elle est elle-même le réel du ratage. Autre question évidemment c’est : transfert et répétition. Ça, c’est très, très important puisque, effectivement tu dis, ils ne sont pas déduits l’un de l’autre, et au fond tu le présentes à partir également de l’objet, évitement d’un côté, présentification de l’autre, alors peut-être que tu peux reprendre, au fond, cette question de la répétition qui se disjoint du transfert qui, lui, présentifie la réalité sexuelle de l’inconscient, ça, ça me paraît quand même un point, disons, qui importe à la clinique analytique, et au fond lorsque Lacan dit qu’on ne peut arriver à démêler l’ambiguïté de la réalité en cause dans le transfert qu’à partir de la fonction du réel dans la répétition, là je crois qu’il y a vraiment quelque chose qui est à reprendre, donc, l’objet a dans la répétition, dans le transfert, la tuchè dans la répétition et dans le transfert, on pourrait d’ailleurs poser la question de ce que, au fond, de la position traumatique du psychanalyste, il dit quelque part, Le psychanalyste est dans la même position que le parent traumatique mais, à la différence du parent traumatique, lui reproduit la névrose, alors que le parent traumatique, enfin, il fait ça innocemment. Je crois qu’il emploie ce mot. Bon.

Alors, deux dernières questions, tu as une formule à un moment donné, sur répétition et objet a, et tu dis que dans la passe, à partir du rapport du cartel dans lequel on était, je crois, Esthela, tu dis, On peut voir qu’à la place de l’objet perdu dont la pulsion fait le tour s’avoue un impératif de jouissance sous les espèces de l’objet a, de déchet, de l’objet qui choit, tu fais référence à un cas, que l’analyse de la situation oedipienne n’a pas guéri, et alors tu mets ça en relation… c’est une question théorique, peut-être, mais quand même ça m’intéresserait de savoir si tu as une idée là-dessus, tu mets ça en rapport avec le sinthome comme cycle de savoir et de jouissance impossible à traverser par l’ordre symbolique, dis-tu. Alors, au fond, le sinthome est-ce que c’est l’objet a comme réel ? Parce que l’idée que quelqu’un soit en position d’objet a comme réel, moi j’ai quand même l’idée que c’est … enfin c’est peut-être avant l’analyse ou pendant l’analyse, mais qu’une fois qu’on a traversé un certain nombre de choses, ça peut se … non pas se dissoudre mais ça peut se déplacer, et enfin il me semble que l’objet a c’est en rapport quand même avec l’Autre, avec le fantasme, et pas le sinthome. Enfin. C’est une question peut-être à laquelle tu répondras plus tard.

Alors dernière question, on rejoint ce que disait Esthela, c’est le symptôme comme addiction, je sais que tu as terminé ton texte là-dessus, alors, effectivement comme le disait Esthela il est à rapporter à un Un de jouissance, un Un non négativé, un Un qui commémore, c’est peut-être toi qui l’as dit, une irruption de jouissance inoubliable même si elle est contingente, et donc au fond la question porterait autour du sinthome comme réitération, à ce moment-là, réitération addictive, et non par répétition par addition de traces dans la chaîne symbolique, qui répète en additionnant, il me semble que, au fond, on pourrait faire le lien entre vos deux exposés, au fond, la répétition par addition qui compense ou qui répare la perte de l’objet, toujours déjà perdu, et puis l’addiction qui réitère, un, un, un, un.

Esthela Solano. {au tableau} Voilà, c’est ça. C’est pas, Je prends aujourd’hui ma dose et demain j’en prends deux, et je prends la troisième, je prends la quatrième, c’est toujours le même : c’est toujours le même Un.

Rose-Paule Vinciguerra. C’est toujours la même, et c’est pas la répétition, qui, au fond, tu as utilisé une très belle formule, au début, tu as dit, La répétition dans le symbolique, comme si l’inconscient fonctionnait à partir de traces et la répétition comme cherchant les traces de ce chemin impossible à retrouver. {se tournant vers Serge Cottet} C’est une très très belle phrase, ça.

Serge Cottet. Bon.

Rose-Paule Vinciguerra. Tu dis ce que tu veux.

Serge Cottet. Vu le temps qui reste.

Rose-Paule Vinciguerra. Mais il reste autant de temps que tu veux, c’est parce que j’aimerais que la salle pose des questions.

Serge Cottet. {…} longue dissertation à partir des questions que tu me poses. Je vais plutôt dire ce qui me reste aujourd’hui, ce qui s’est déposé dans ma mémoire épistémologique de ces lectures et de ce travail, ça répond à ta première question quand même. Ce ratage du réel nourrit … que le réel soit impossible à rejoindre par le signifiant, qu’il y ait une limite à la compréhension des malheurs réels, des rencontres impossibles, c’est le moteur même de la répétition, c’est le moteur même d’un usage du signifiant accumulé pour essayer de donner sens au réel, d’autant plus que ce réel est traumatique. Dans ce sens là il y a une certaine tyrannie de la symbolisation, enfin c’est l’expression qui m’est venue, que je peux expliciter, enfin, c’est un malheur réitéré, en quelque sorte. Il y a d’abord le trauma, et ensuite tout cet appareil signifiant pour essayer de l’annuler, mais la seule manière de l’annuler, c’est de le reproduire.

On a un modèle bien connu de cette opération douloureuse de la symbolisation, qui est le deuil, puisque au fond ça anticipe en 1917, enfin en 1916-17 chez Freud, la pulsion de mort, c’est-à-dire, après la mort d’un être cher, cet automatisme impératif qui consiste à passer en revue, et il dit un, l’un après l’autre, donc en additionnant tous les signifiants qui concernent l’objet, c’est-à-dire toutes les images qu’on a de lui, tous les souvenirs, tous les films possibles qui le concernent, et donc il n’y a que le langage, et les métaphores et les métonymies de l’objet qui permettent finalement de supporter son absence, de supporter ce réel.

Et puis au fond ça cède : il y a un épuisement de cette batterie signifiante qui permet un détachement de l’objet.

Mais dans l’optique où nous nous trouvons, qui met en question, enfin qui met en scène la pulsion, et notamment la pulsion sexuelle, on est confronté à des, à une impossibilité, à des drames que le signifiant, précisément ne peut pas colmater et qu’il est contraint finalement à ne rien pouvoir réparer du tout, et à se voir au meilleur des cas contraint à répéter les scènes même qui sont caractérisées par le fait qu’il a manqué un signifiant rendant compte de cet événement.

D’où, enfin, la marque que donne Lacan à ces événements dans le Séminaire II : insensé, douloureux, absurde, ce sont ceux-là même qui sont répétés puisqu’ils n’ont pas de sens. Et quand je parle de tyrannie du symbolique c’est aussi une tyrannie du sens qui est très moderne ; nous sommes dans une civilisation, puisque quand même c’est des exposés qui sont faits pour la question de l’ordre symbolique au XXIe siècle, où le trauma, la mort, sont des événements absolument impossibles à symboliser, il n’y a pas de sens à tout ça, et il faudrait donner sens.

L’expression donner du sens est absolument inflationniste aujourd’hui et à mon avis elle souligne cette prise du symbolique, qui doit faire lien, qui doit être hégémonique sur le réel, et en ce sens là on est à contre courant quand on souligne cette définition du réel qu’a développée Jacques-Alain Miller l’année précédente, comme un réel sans loi et c’est difficile à faire avaler, et de ce point de vue là la psychanalyse aura un effort à faire pour combattre le discours de la science, et se faire respecter en tant qu’adversaire du discours de la science.

Esthela Solano-Suarez. Ce que tu dis, Serge, m’évoque la fin de la conférence de Lacan « La troisième », quand il a {…} l’avenir de la psychanalyse dépendra du symptôme. Dans la mesure où l’entreprise de production de sens est à l’oeuvre, il la mettait du côté de la religion, il se dit, Si on arrive justement que le symptôme, le réel du symptôme, puisse passer du côté, soit recouvert par le sens, alors là, à ce moment-là l’avenir de la psychanalyse est compromis. Mais quand même il finit sur une note assez optimiste dans le sens où il dit que tous ces gadgets finalement, ce sont nos symptômes modernes, et que puisque il y a symptômatisation de ce rapport aux objets, la psychanalyse a encore quelque chose à faire parce que symptôme veut dire un réel qui se met de travers, qui empêche que ça tourne en rond. Excusez-moi, c’était une petite parenthèse par rapport à ce que tu venais de dire.

Serge Cottet. Bon dans la même veine, je me poserai la question, c’est moi qui me la pose mais ça répond quand même à la quatrième question, je reviendrai si j’ai le temps sur la deux et la trois {rires dans l’assistance}, sur la réitération addictive.

Alors, l’addiction dans un sens, enfin on va voir laquelle, ça peut permettre d’échapper à cette tyrannie de la symbolisation. Je pense à, enfin c’est une synthèse que je fais entre différents cas cliniques entendus dans la passe, de sujets qu’on peut dire tiraillés par le plus de jouir – sujets plutôt masculins -, par une compulsion sexuelle, un solde cynique de fin d’analyse, n’est-ce pas, ça fait partie quand même de la problématique de la fin d’analyse, ce solde cynique impossible, impossible à symboliser et qui va se présenter éventuellement sous une forme addictive, après que le sujet, un peu comme dans le rêve, pardon, comme dans le deuil, ait épuisé toutes les significations possibles, toutes les adhérences à son roman familial, aux échecs qu’il a pu connaître, comme dans le cas du sujet auquel je faisais allusion du cartel de Rose-Paule et d’Esthela, ce type qui accumulait les échecs avec les femmes. En fait, dans l’exemple auquel je pense, on a affaire à un sujet qui à un moment, au cours de sa cure, a cessé de donner sens, de vouloir significantiser sa compulsion. Car il la payait en symptômes. Au fond, il se l’autorisait à partir du moment où il accumulait les symptômes qui en étaient l’envers, disons que c’était une jouissance clandestine, et que ces symptômes étaient en quelques sorte infiltrés par cette jouissance-là, au titre lui-même de se cacher, de passer entre les gouttes, d’éviter d’avoir une position phallique. Et donc, plutôt que de mettre fin à cette compulsion en l’analysant, en lui donnant sens, en la mettant à plat après épuisement des signifiants auxquels {?} le fantasme était corrélé, eh bien on voit le sujet s’affranchir de toute recherche de signification, consentir à ce mode de jouissance mais complètement séparé, complètement séparé de sa symptomatologie – et même de sa vie : les symptômes disparaissent, les symptômes de honte, de modestie, d’inhibition etc., disparaissent, tandis que le nœud de jouissance continue sa partie tout seul. Et c’est là où il y a une réitération, je dirai, complètement coupée du fantasme.Alors bon, le sujet la maîtrise plus ou moins, lâche la bride de temps en temps et ça n’empiète absolument pas sur son existence.

Cela dit, pour revenir au thème général, là aussi nous sommes dans une civilisation qui pousse le reste cynique à l’échelon industriel, qui nourrit l’industrie du fantasme, qui pousse au jouir et qui pousse à la perversion dans les limites définies par le maître.

L’addiction au jeu… d’ailleurs, Freud avait commencé par là, son Dostoïevsky, pour mettre au point les rapports entre répétition et masochisme.

Rose-Paule Vinciguerra. Bon, merci beaucoup Serge. Est-ce que, Esthela, tu veux finir de répondre ?

Esthela Solano. Oui, rapidement je voulais boucler mes réponses, en indiquant quel est l’intérêt donc de revenir sur le signifiant mathématique en psychanalyse, j’avais commencé ma réponse en indiquant que pour Lacan c’était une question qui se rapportait à : comment la psychanalyse opère sur le symptôme.

Alors, faire appel au signifiant mathématique en psychanalyse, ça veut dire quoi ? Ça veut dire faire appel à un signifiant qui est séparé des effets de signifié. Lacan le rappelle : de séparer ce que vous entendez, dit-il, au sens auditif du terme, avec ce que cela signifie parce que entre les deux il n’y a aucun rapport. Ce qui comporte justement de laisser de côté le signifiant rhétorique dans le versant de signification, et de prendre le signifiant sur le versant de la lettre. Ce qui comporte aussi une opération supplémentaire, c’est de faire passer la parole du côté de l’écriture, dans la mesure où ce qui se lit se lit à partir … ce qui se lit dans l’équivoque signifiante, une fois que vous isolez la signification, séparez la sonorité de la signification, l’équivoque signifiante fait appel à l’écriture, ça fait appel à l’orthographe, et donc ça fait passer la parole du côté de l’écrit, et l’opération de l’analyste du côté de la lecture. Et c’est par ce biais que Lacan se proposait et cela à partir du Séminaire XIX et notamment dans le Séminaire XX, de pouvoir cerner la lettre du symptôme comme relevant de l’Un de la jouissance hors sens. Bon, je voulais faire cette petite boucle, pour, précisément, faire le joint entre cette problématique de l’existence du réel de l’Un dans la science et dans la psychanalyse. L’intérêt pour la psychanalyse d’avoir isolé l’Un du langage.

Rose-Paule Vinciguerra. Bon, moi j’aurais plein de questions à poser mais je vais donner la parole à la salle. {…}

Serge Cottet. Vous pouvez commenter, aussi.

Rose-Paule Vinciguerra. Il faut parler fort parce que, ah bien oui avec ce micro-là on entendra, d’accord.

Victoria. J’étais intéressée au sujet piégé {?} dont Esthela nous parlait, tout à l’heure, {…} parce que vous parlez souvent des sujets contemporains comme de sujets déboussolés, désemparés, et je trouvais très intéressant comment vous introduisez ces aspects essentiels des sujets contemporains, et donc vous développez les conséquences majeures des effets de la science sur le sujet, c’est qu’il devient finalement un sujet pris au piège.

Rose-Paule Vinciguerra. Voilà, première question, c’est une question, Victoria ?

Victoria. Oui, tout à fait. Donc effectivement ces sujets contemporains piégés {…}, prisonniers, ma question c’est : comment l’acte analytique peut aller à contre courant de ces systèmes de jouissance désubjectivants, finalement.

Esthela Solano. Oui, l’hypothèse de Lacan, c’était que, dans le Séminaire L’envers de la psychanalyse, toujours, au chapitre XI, c’est que notre rapport, qu’on a tous, c’est-à-dire à ces objets qui sont des substituts des objets pulsionnels, qui sont des objets qui se présentent à nous dans la vitrine comme dit Lacan, comme des objets causes du désir, ça cause le désir de les avoir, de les posséder, de les consommer, de les acheter, de les utiliser. Ce que cache aussi l’usage de ces objets symptomatiques c’est que, du coup, par les incidences du discours de la science dans la société contemporaine, le sujet est de plus en plus homologué à ces objets, à ces gadgets, et {…}, ce qui est dramatique aujourd’hui, ça se vit en ambiance d’angoisse dans l’univers du travail, n’est-ce pas, où, de plus en plus, ceux qui doivent vendre leur force de travail dans le marché du travail se trouvent de plus en plus unis à l’angoisse de : « A quand la poubelle ? » Et l’éphémère au niveau de la durée, que ce soit du contrat du travail, que ce soit {…} au niveau des relations amoureuses, c’est, ce cynisme contemporain, qu’évoquait Serge, le droit à la jouissance proclamé haut et fort, droit à la jouissance qui devient impératif de jouissance, ça comporte aussi le statut d’objet de l’autre, du sujet.

Alors ça c’était une question, et bon, mais il faut dire aussi qu’il y a un autre versant de cet objet, qui est le versant, que Lacan évoque aussi, le versant angoisse. Ce qui est voilé dans l’usage de l’objet, c’est que nous avons affaire à la voix et au regard. L’utilitaire, l’usager des objets est … n’a pas conscience qu’il est regardé par la télévision. Si jamais quelqu’un avait, bon, ça peut se produire comme phénomène psychotique n’est-ce pas, autrement on rêve devant la télévision, on se laisse hypnotiser, et on s’aperçoit pas que ça nous regarde ! {rire} Bon. Donc il y a une version d’angoisse qui peut apparaître dans certaines circonstances, et chose très importante, dans cette série d’objets Lacan met le psychanalyste à la place d’une lathouse. Pourquoi ? C’est pas parce qu’on est un objet produit de la science mais parce qu’on est un semblant d’objet cause du désir. On occupe pour l’analysant cette fonction de soutenir le désir à la place d’un semblant d’objet pulsionnel. Et là, dit Lacan, ça peut être une lathouse angoissante. La position de l’analyste est source d’angoisse chez l’analysant – cause du désir et source d’angoisse.

Rose-Paule Vinciguerra. Oui enfin l’analyse, comme disait l’autre jour Philippe Lasagna aère, a, tiret, r, c’est-à-dire que ça met quand même de l’air dans cet accrochage forcené. Et le transfert justement ça dirige autrement, peut-être que Serge va reprendre la question sur transfert et répétition…

Ethela Solano. Oui c’est une lathouse qui est au service d’un autre discours, enfin l’analyste-lathouse est au service d’un discours qui n’est pas celui de la science ni celui du maître. Donc ça produit d’autres conséquences.

Rose-Paule Vinciguerra. Je préfère l’analyste-sinthome à l’analyste-lathouse. Bon, qui avait des questions, encore, à poser, je crois Victoria et puis Pascale Fari ? {…} Alors, décidez-vous ! Pascale, tu veux poser une question ? Après Victoria reposera une deuxième question ?

Pascale Fari. {…} enfin qui me semble simpliste {…} sur la question du Un de jouissance. {…} dans la présentation qu’il avait faite pour {…}, c’était l’opposition entre l’Un et l’Autre. C’est-à-dire que le Un s’oppose à l’Autre en tant que ça nous bloque, ça m’avait semblé lumineux, c’est le Un comme ne voulant rien dire, non pas ce que vous faites valoir, le mode de jouissance purement autiste qui se répète sans que ça soit du signifiant qui ne veut rien dire à personne, et n’a aucune visée de vouloir vivre. Une jouissance autiste. Mais quand on dit, et c’est là que je n’ai pas les idées claires, quand on dit que c’est un S1 qui se répète, c’est une marque signifiante première, donc {…} c’est une hypothèse ? {…} avait développé cela, cela rejoint la question du refoulement originel, méthodologiquement, s’il y a un point qu’on n’arrive pas à reconstruire, alors Freud disait, Voilà, c’est un refoulement originel. Mais ça suppose que, notre conception, qu’on a, que c’est l’effet traumatique de la rencontre du langage sur le corps, ça se vérifie dans la clinique, mais quand on le {…}, c’est un Un qui, quand on le nomme comme un S1, c’est là que je ne suis plus {…}, c’est une nomination que l’on peut faire dans l’analyse, d’ailleurs {…} quand Esthela parlait d’effacement, ça m’évoquait ce qui maintenant, enfin que j’arrive à attraper comme cela dans Lituraterre, rature d’aucune trace qui soit d’avant. C’est-à-dire que c’est la rature qui produit la trace, c’est, il n’y avait pas un S1 là et puis tout d’un coup a été effacé, c’est la rature même qui produit la trace. {…}

Rose-Paule Vinciguerra. Quelle est ta question précisément ?

Pascale Fari. Comment concevoir, si on dit, d’un côté, c’est insymbolisable, c’est à jamais insymbolisable, qu’est-ce qu’on dit quand on dit : C’est un S1 qui se répète ? Si on dit, C’est un réel, insensé, hors sens, sans loi …

Serge Cottet. Sans S2.

Pascale Fari. Oui mais le faire consister comme S1 c’est déjà, voilà, c’est le fait de le faire consister comme S1 qui me laisse …

Rose-Paule Vinciguerra. Mais Serge t’a répondu, enfin Serge te répond mais il t’a répondu, au fond quand tu as épuisé tous les S2 qui s’y rattachent, à un moment donné, voilà, il reste un trou, et donc à cet égard il n’y a plus rien à faire.

Pascale Fari. D’accord, ça, on est d’accord. {rires} ça, il n’y a aucun doute là-dessus. La question c’est est-ce qu’on pense que c’est un S1 qui existe … {…} c’est une question mal faite et en même temps, est-ce qu’il y a un S1 qui se répète comme tel à l’identique mais qu’on n’arrive jamais à attraper, ou est-ce que de toutes manières il y a un insymbolisable qui n’est pas pris dans le signifiant et où on ne fait jamais que des tentatives de nominations successives comme {…} avait développé dans son texte {…}.

{…}

{Quelqu’un dans la salle}. Question subsidiaire mais pas sans rapport avec celle-là : la façon dont, Serge, tu as situé le petit a, {…} la question que Rose-Paule t’avait posée tout à l’heure, puisque tu situes quand même à un moment dans ton texte le réel implacable, impératif de jouissance qui se répète du côté de petit a.

Serge Cottet. Je pensais, je pensais à l’exemple du type qui jouit d’être laissé tomber. Je ne rattache pas cela, c’est l’expression qui me vient à ce moment-là mais ce n’est pas rattaché au symptôme à proprement parler.

. Parce que le petit a est plutôt du semblant, même s’il y a un bord qui touche au réel.

Serge Cottet. Oui, d’ailleurs dans le cas, je n’y étais pas mais j’ai lu le résumé, dans le cas de ce type c’était finalement toute la mise …

{…} {rires dans la salle}

Serge Cottet. … toute la jouissance masochiste qui était rapportée, corrélée à toute une mise en scène.

Esthela Solano. C’était apparemment dans ton cartel, ça a eu lieu il y a quelques années, {…}moi je ne garde aucun souvenir. Et comme je n’ai pas lu ce compte-rendu, je n’ai aucune idée du cas qui est évoqué par Serge.

{…}

Rose-Paule Vinciguerra. {à Serge Cottet} Non non mais c’est parce que tu as glissé à un certain moment d’objet a à sinthome, et là tu as rétabli au fond ce que tu voulais vraiment dire, l’autonomie des deux. Victoria, peut-être une dernière question ?

Victoria. {…} de l’indication de Lacan dans « La troisième », {…} l’avenir de la psychanalyse qui dépend {…}, ce réel, qui revient toujours à la même place, {…}. Ce n’est pas du tout de l’analyste que dépend l’avenir du réel, l’analyste lui, a pour mission de les contrer. {…}

Serge Cottet. Je pense que ça peut être commenté à partir d’une notion du réel plutôt déchaîné, que d’une notion du réel symbolisé, celui qui revient toujours à la même place, parce que si c’était le cas l’avenir du psychanalyste serait assuré. {rires dans la salle} En revanche le discours de la science qui s’appuie sur ce déchaînement, sur cette folie, ne garantit plus l’existence du psychanalyste, qui effectivement a pour mission de contrer.

Rose-Paule Vinciguerra. Bon, ça sera sûrement le mot de la fin.

http://www.dailymotion.com/video/xntb8s_congres-amp-buenos-aires-2012-3eme-soiree-preparatoire-a-l-ecf-13122011-2-2_news



7 septembre, 2012
Esthela Solano-Suarez, Rose-Paule Vinciguerra, Serge Cottet | Pas de réponses »

Troisième soirée préparatoire au congrès

Répétition et science contemporaine

Soirée organisée par Rose-Paule Vinciguerra, membre de l’ECF et de l’AMP

Avec Esthela Solano-Suarez, Membre de l’ECF et de l’AMP,

Serge Cottet, Membre de l’ECF et de l’AMP

Rose-Paule Vinciguerra. Bon, merci d’être venus pour cette troisième soirée de préparation au congrès de Buenos Aires qui aura lieu, je vous le rappelle, du 23 au 27 avril 2012, et donc, la dernière fois, nous avions invité Philippe La Sagna et Pierre-Gilles Guéguen autour des items qu’ils ont faites dans le Scilicet à paraître.

Alors ce soir, nous accueillons Esthela Solano et Serge Cottet. Esthela Solano a, dans Scilicet, produit un texte sur « l’alétosphère » – elle va vous expliquer ce que ça veut dire, mais enfin on se doute que ça a un rapport avec la science et la vérité. Serge Cottet a produit un texte sur la « répétition ». Alors ces deux textes, en apparence, ne sont pas tout à fait ajointés l’un à l’autre, comme ceux de la dernière fois sur « plus de jouir » et « fétichisme », mais vous allez voir, j’espère, que, tout de même, en un sens, vers la fin du moins ces deux textes se rejoignent, et en tout cas ils posent une question que j’ai manifesté dans le petit argument que j’ai fait pour annoncer cette soirée, et qui est : « Effets de l’Un ». Bon. Donc, je vous laisse découvrir le texte d’Esthela Solano, sur l’alétosphère.

Esthela Solano. Bonsoir. Nous sommes réunis donc ici pour cette soirée préparatoire pour le prochain congrès de l’AMP, qui se tiendra au mois d’avril {…} j’espère que vous aurez l’occasion de venir, et dans le contexte de préparation de ce congrès, une collègue de l’AMP prépare comme vous le savez toujours un volume qui a trait au sujet du Congrès. Et pour la préparation de ce volume nous sommes sollicités les uns et les autres, à écrire un petit texte, et nous ne choisissons pas le sujet, nous répondons à une demande, et à un sujet qui nous est proposé. Ce qui m’a été proposé, c’est l’alétosphère. Donc j’ai rédigé ce texte que je peux vous lire ce soir, au mois d’avril dernier. C’est pourquoi je commence comme ça :

Il y a juste cinquante ans, le 12 avril 1961, Iouri Gagarine fut lancé à bord d’un petit engin sphérique de plus de deux mètres de diamètre, le Vostok-1, lequel entra en orbite autour de notre planète à une vitesse de 28 000 km / h. Il fit deux fois le tour de la terre en une heure et demie. Ce fut un événement marquant. Les premiers pas accomplis par la science vers la conquête de l’espace – imaginez-vous un petit engin de deux mètres et demie de diamètre {…}. Cependant, nous pouvons avancer l’hypothèse d’après laquelle le Vostok-1 s’inscrit dans la suite des conséquences de l’astrolabe, Le Grec, qui a produit l’astrolabe, s’était déjà avancé vers la conquête de la voûte céleste. Nous suivons ici la proposition de Lacan selon laquelle la pensée scientifique trouve son point de départ dans l’observation des astres. C’est une proposition de Lacan que vous trouvez dans D’un discours qui ne serait pas du semblant, p. 15. Si l’homme a commencé à s’intéresser au ciel, à la voûte céleste, c’est parce qu’il a porté son intérêt aux semblants, au météores, et aux choses qui apparaissent et restent toujours dans la même position dans le ciel, ou bien qui reviennent toujours à la même place. Encore fallait-il que par le biais d’un artifice, que Lacan attribue à Descartes, soit remise à Dieu la garantie de la vérité, pour ne pouvoir s’occuper ensuite que de sa valeur formelle – je vous renvoie ici au chapitre XI du Séminaire L’envers de la psychanalyse, au chapitre qui a été intitulé par Jacques-Alain Miller « Les sillons de l’alétosphère ».

Donc, si on se décharge de la garantie de la vérité pour que Dieu s’en occupe, et on ne s’occupe que de sa valeur formelle, alors cela veut dire qu’on ne comprend {?} la vérité comme relevant de l’ordre du sens, mais on prend la vérité comme élément d’un jeu qui est de l’ordre d’une combinatoire logique – purement formelle. Dans la formalisation logique, la vérité peut être notée alors par le chiffre 1 et le faux par le chiffre 0. Et de ce fait, tous les deux, 1 et 0, deviennent deux valeurs.

La vérité comme valeur étant soumise à des règles et à des axiomes, est donc par là réduite à la fonction d’instrument du savoir. Dans ces conditions, une science peut se construire, en rupture avec le présupposé, dit Lacan, que depuis toujours a marqué l’idée de la connaissance {?}.

Introduisant la distorsion entre le signifiant rhétorique en tant qu’il produit des effets de sens, et le signifiant mathématique comme étant hors sens, Jacques-Alain Miller resserre l’usage de la logique chez Lacan comme relevant, je cite : « de l’usage du signifiant mathématique pour attraper quelque chose du langage. » Je vous envoie donc au cours de Jacques-Alain Miller, L’Orientation lacanienne, leçon du 9 mars 2011, inédit. Jacques-Alain Miller souligne que si le réel s’inscrit pour Lacan d’une impasse de la formalisation mathématique, celle-ci – la formalisation mathématique -, se fait au contraire du sens, au niveau où ça ne veut rien dire ; comme l’énonce Lacan dans le Séminaire XX, page 85.

Le réel de la science est un réel qui est quantifiable et mesurable du fait du nombre. Si le langage se noue au réel, c’est pour autant que dans le langage, dans le langage il y a du numérable. Comment faut-il entendre le numérable ? Le numérable est à entendre ici comme relevant de l’élément, c’est-à-dire du signifiant Un. Le signifiant pris comme Un, l’Un tout seul, comme Un originel, est celui dont procède la suite des nombres. Dans ce sens, dit Lacan, tous les noms de nombres répercutent le signifiant Un. Et c’est au titre de cette répercussion, au titre de répercuter l’un originel que Lacan peut dire que les nombres sont du réel.

Jacques-Alain Miller l’a montré, dans son cours du 16 mars 2011 que cet Un, cet Un de Il y a de l’Un, est celui dont procède la science, puisqu’elle implique sa puissance dans le réel qu’elle manie. La science revient, dit Lacan, de la montée au zénith de la manipulation du nombre comme tel, et cela depuis l’évolution de la mathématique grecque. La conséquence majeure de cette manipulation du nombre est de faire émerger une nouvelle articulation de savoir, à partir de cette pure vérité numérique. Ce savoir inédit vient à la place du maître, et de cette transformation du discours du maître provient le discours de la science.

Ce qui caractérise le discours de la science n’est pas, dit Lacan, le fait d’introduire une meilleure connaissance du monde, mais d’avoir fait surgir au monde des choses qui n’y existaient d’aucune façon au niveau de la perception. Ça c’est fondamental.

En effet Lacan va distinguer, c’est toujours dans le chapitre XI de L’envers de la psychanalyse, Lacan va distinguer ce qu’il appelle, à partir du mot latin sensus, c’est-à-dire les sens, pas au sens de ce qui fait sens, mais au sens de ce qui relève des cinq sens, le sensus, il le distingue de la perception.

Ainsi pour ce qu’il en est du sensus, au niveau de l’oreille et de l’oeil, il a été possible d’aboutir à une numération des vibrations. Ce jeu du nombre va jusqu’à produire, dit Lacan, des vibrations qui n’avaient rien à faire ni avec nos sens ni avec la perception. De ce fait, la science a peuplé notre prétendu monde de sa présence – faisant exister ce dont on n’a pas le moindre soupçon, par exemple, les ondes. Les ondes dites hertziennes, ou autres, ce sont des objets qui ne peuvent pas être appréhendés par aucune phénoménologie de la perception, car elles sont le pur produit de la science, au titre d’une vérité formalisée. Dans ce sens, Lacan qualifie l’opération de la science qui vient produire des objets qui échappent à la perception avec le néologisme operçoit. Operçoit en tant qu’opération sur ce qu’on ne perçoit pas.

Tandis que le lieu occupé par ces produits de la science qui entoure notre planète, ce lieu qui entoure notre planète nommé jusqu’alors du nom d’atmosphère, ou de stratosphère, Lacan va l’appeler : alétosphère – encore un néologisme de Lacan. Le mot alétosphère est composé par Lacan à partir du mot alèthèia, terme issu de la langue grecque dont Heidegger se sert pour qualifier la vérité. Vous pouvez donc lire cet ouvrage de Heidegger, De l’essence de la vérité, questions I et II, Gallimard, page 175 {?}. Donc ça, c’est pour la première partie du mot alétosphère, on retrouve alèthèia. D’autre part, sphère, c’est la dernière partie du mot alétosphère, provenant du latin sphera, qui veut dire sphère, globe, corps céleste, lui-même pris au grec sphaira, désignant tout corps rond, ballon, globe, terme utilisé aussi bien par la géométrie que par l’astronomie, comme on peut le dire dans le Robert, Dictionnaire historique de la langue française.

Par l’opération de la science, l’alétosphère est peuplée des ondes. Mais l’alétosphère est devenue une véritable poubelle. Une déchetterie en apesanteur, flottant dans l’espace, et enrobant notre chère planète. Depuis plus de cinquante ans de conquête spatiale, de nombreux débris flottent dans l’espace – et cela atteint un niveau critique, au point que la NASA a comptabilisé 22 000 débris et estime à des millions le nombre de ceux qui sont trop petits pour être enregistrés. Alors on arrive à un point critique, parce que ça produit des collisions, àa produit des problèmes au niveau des satellites, au niveau de ceux qui font des voyages dans l’espace, mais aussi parce que de temps en temps, ça peut nous tomber sur la tête.

Ça peut nous tomber sur la tête au point que, au mois de septembre 2011, il y avait une véritable préoccupation autour du satellite URSS qui allait tomber sur la terre avec son poids de plus de cinq tonnes et demie. Il allait entrer dans l’atmosphère, et on ne savait pas trop bien à quelle place il allait … percuter la planète. On supposait que c’était en Amérique du nord, ou en Amérique du sud, et finalement il est tombé sans faire de mal à personne vraisemblablement dans l’océan.

Donc cette poubelle demande à être nettoyée. En 2007, la Chine avait encore accru le nombre de ces débris, puisqu’elle avait testé des missiles anti satellites qui avaient pulvérisé un satellite metéo en 150 000 morceaux. Or, faire le ménage de l’alétosphère, c’est extrêmement compliqué, parce que les Etats-Unis n’ont pas le droit, en vertu d’un droit international, de recueillir dans l’espace des objets appartenant à d’autres pays : chaque pays doit ramasser ses morceaux, ses ordures. Et donc la guerre froide est terminée mais la question de {…} des satellites reste sensible, posant des problèmes écologiques, politiques, technologiques aussi bien que légaux.

Un petit problème concernant l’alétosphère : de nos jours nous sommes nous branchés sur l’alétosphère, par l’intermédiaire d’une série d’appareils produits par la science, qui nous encombrent, mais qui nous encombrent, je dis peut-être, je parle en mon nom, mais dont nous ne pouvons pas nous passer. Le téléphone portable, les ordinateurs, la tablette, qui nous donnent accès à internet, au GPS, la télévision numérique et autres. Ils supposent tous la mise en action dans notre alétosphère de satellites artificiels. Et grâce à ces gadgets, à cette pluie d’objets que le savoir de la science a fait tomber du ciel, nous pouvons être en permanence connectés, aussi bien que à la merci de la voix et du regard. Encombrés et prisonniers que nous sommes de ces bouts de réel issus d’une formalisation de la vérité, la prolifération de ce nouveau type d’objets qui s’accomplit par le biais de la science nous prend au piège dans les rets d’un panopticon sophistiqué. Parce que comme tout le monde sait, ces petits gadgets permettent de nous localiser, d’avoir de plus en plus de renseignements sur chacun de nous, au point que le tout dernier gadget – je crois que c’est un portable dernier cri – on a découvert que {…} une petite puce où, grâce à cette puce, toutes les conversations, les messages, les opérations, les allers-retours, tout était absolument enregistré et pouvait être consulté par n’importe quel service des renseignements.

Donc, voilà l’envers des petits objets que la science nous a fait tomber du ciel et qu’elle nous a mis dans la poche.

Merci.

Applaudissements.

Rose-Paule Vinciguerra. La parole à Serge Cottet sur la répétition.

Serge Cottet. Alors la répétition, c’est un concept moins néologistique que le précédent puisque comme vous le savez c’est un topos de la doctrine, un des quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. Je le présente ici, donc, à l’origine pour le volume Scilicet dans le même cas que Esthela Solano, donc je l’ai présenté sur un versant clinique et dans la tension qu’il présente par rapport à Freud et Lacan, sa réinterprétation par Lacan.

Classiquement dans la cure analytique selon Freud, l’analysant répète au lieu de se souvenir, et on répète parce qu’on refoule ou qu’on ne comprend pas, et ainsi, le passé ressurgit dans l’actualité même de la séance. Souvenez-vous de l’homme aux rats insultant Freud, dans l’oubli qu’il est de ses vociférations à l’endroit de son père, jeune enfant insultant son père après une réprimande.

C’est sous cette forme de mise en acte que le refoulé se manifeste à l’insu du sujet. Freud va plus loin, considérant que le sujet pendant le traitement répète tous ses symptômes. Lacan a d’abord souscrit à cette conception, on peut dire imaginaire de la répétition comme intrusion du passé, ombre du passé dans le présent, à propos de l’image indélébile de Dora, notamment, en train de suçotter son puce gauche, cependant que de la main droite elle tiraille l’image de son frère plus âgé qu’elle d’un an et demie, Lacan y voit – je cite – « la matrice imaginaire où sont venues se couler toutes les situations que Dora a développées dans sa vie, – véritable illustration pour la théorie, encore à venir chez Freud, des automatismes de répétition ». Voyez « Intervention sur le transfert », dans les Ecrits, page 221.

C’est plus tard que Lacan ajoutera une référence à Kierkegaard, pour détacher la répétition de ce modèle qui est celui de la copie, ou du retour, de l’image, et montrera qu’on ne répète pas à l’identique et que la répétition exige du nouveau, et voilà le parcours qu’il reste à faire.

Quelles que soient les modifications qui suivront dans l’élaboration de cette notion, c’est le caractère d’insistance, de persévérance, de nécessité qui caractérise le Zwang, le compulsif, comme dans Zwangneurose, névrose obsessionnelle que certains veulent traduire névrose de compulsion, et c’est le même mot qu’on trouve dans Wiederholungzwang, compulsion de répétition.

Les situations les plus diverses, où quelque chose se répète, aboutissent effectivement à la même issue, une issue fatale, ça se termine toujours mal, et c’est le destin que nous fait l’inconscient, car le sujet s’emploie à répéter surtout les événements pénibles. Comme l’ont montré les rêves traumatiques, la répétition fait objection au principe de plaisir, transgresse le principe de plaisir. C’est l’impossibilité des retrouvailles et l’insatisfaction même, qui se répètent. La répétition de la déception, comme la répétition du traumatisme, justifie à partir de 1920 le concept de pulsion de mort, produit par Freud dans « L’au-delà du principe de plaisir ». Et c’est sur fond d’objet perdu que s’activent les tentatives toujours manquées, aussi variées qu’elles soient, de retrouvailles. Cette différence même entre objet perdu et ses substituts est le moteur de la répétition. Comme si l’inconscient fonctionnait à partir de traces, et la répétition comme cherchant les traces de ce chemin impossible à retrouver.

En fait il y a deux acceptions du concept de Wiederholungzwang, de compulsion de répétition. L’une élaborée en 1914 à partir du transfert, de la répétition des symptômes dans le transfert, l’autre, comme je viens de le dire, plus paradoxale, en 1920, dans « L’au-delà du principe de plaisir ». Ces deux tendances sont l’une, restitutive, reproductrice de signes, et l’autre, cette tendance paradoxale, souligne Lacan, qui répète quelque chose de manière gratuite, sans bénéfice, sans gain de plaisir, et donc d’énigmatique, comme cette répétition du trauma.

Lacan faisait valoir cette différence devant ses élèves dans le Séminaire II sur Le moi, voyez les pages 85. Un peu plus tard, mais toujours dans cette perspective structuraliste, Lacan a traduit la compulsion de répétition en des termes qui relèvent de l’ordre symbolique, à savoir l’insistance de la chaîne signifiante. C’est l’annulation du réel traumatique, par le signifiant, qui produit la répétition. On ne peut plus considérer les permutations de places, les déplacements, comme de simples copies du refoulé. La répétition donc est assujettie à l’ordre symbolique, à son inertie. C’est là ses connexions avec la pulsion de mort, cette inertie au-delà du principe de plaisir.

Dans le Séminaire XI Lacan identifie encore, enfin à un moment en tout cas du séminaire, identifie encore le réel à l’ordre symbolique : ce qui revient toujours à la même place. Jacques-Alain Miller souligne que la répétition des mêmes signifiants en effet est la condition même du sujet de l’inconscient. Et dans un sens la répétition est de part en part symbolique, symbolisation de l’absence, et n’est concevable que comme déplacement des signifiants. Quant au lien de la répétition à l’objet perdu, il n’est pensable qu’à partir du binaire fondamental du signifiant. L’exemple bien connu du Fort/Da illustre cette annulation de l’objet naturel par le signifiant, qui annule ce qu’est l’objet et la satisfaction qu’il peut donner, en remplaçant cette satisfaction par la répétition signifiante, les deux signifiants Fort/Da.

En 1968, après la parution de l’ouvrage de Gilles Deleuze Différence et répétition, Lacan donnait une version hyperstructurale de l’objet perdu, un blanc, un manque, dans la chaîne signifiante, et ce qui en résulte d’objet errant dans la chaîne signifiée. Donc, définition qui insiste, puisqu’on est en 1968, mais qui en fait paraît en-deçà de l’élaboration des quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse dans le Séminaire XI.

En effet, la réduction de la pulsion de mort à l’autonomie du symbolique, ne doit pas nous masquer un autre clivage du concept de répétition. Jacques-Alain Miller dégage un tout autre concept de la répétition, précisément dans le Séminaire XI. Désormais le moteur de la répétition n’est pas la symbolisation de l’absence, mais le réel du trauma, et c’est le sens de l’automaton et de la tuchè. Donc ce n’est plus le binaire répétition imaginaire si on veut et répétition symbolique, mais automaton et tuchè.

Alors là on voit que dans la clinique, n’est-ce pas, il y a des restes traumatiques, des rencontres douloureuses, qui se répètent certes à travers différents déguisements, c’est ça le nouveau, la création. Mais la répétition va toujours à la rencontre d’un réel qu’elle rate. Ce n’est pas le versant de la réparation, de la compensation à partir de l’objet perdu qui rencontre des conjonctures toujours renouvelées de répétition. Le ratage, c’est ce qui est cherché, qui est plutôt l’évitement d’un réel que l’insistance des mêmes signifiants pour compenser ou pour réparer ce réel. Elle se disjoint donc, dans sa structure, du transfert, qui, lui, présentifie plutôt l’objet comme réalité sexuelle de l’inconscient. C’est la définition de 1964.

En tout cas, il est impossible de déduire le transfert de la répétition et réciproquement, comme le fait Freud : ils ne sont pas déductibles l’une de l’autre. Le transfert n’est pas la répétition. Mais malgré tout, je suis la lecture que propose Jacques-Alain Miller des Quatre concepts, notamment dans son séminaire Silet, leçon du 15 mars 1995. Malgré tout, si l’on présente la répétition comme évitement, ratage, et le transfert comme présentification, rencontre, tuchè, il y a peut-être au-delà de cette disjonction une conjonction plus secrète, une conjonction plus secrète entre les deux, et c’est l’objet, l’objet a, qui nous oriente, puisque des deux concepts l’un fait valoir un ratage de la répétition, et l’autre au contraire le présentifie. Le Séminaire XI introduit donc une scansion par rapport à l’ordre symbolique, un peu sur le modèle de « L’au-delà du principe de plaisir » de Freud, qui émancipait la pulsion de mort du refoulement, pour la rattacher au trauma.

En effet, le ratage et sa jouissance nous oblige à penser un au-delà de l’ordre symbolique, un au-delà de la logique du signifiant. Miller l’a anticipé sur la suite puisque le Séminaire XI ne déploie pas le concept de jouissance, mais donne déjà l’idée d’un concept, d’un réel nouveau, non pas d’un réel qui revient toujours à la même place mais un bout de réel hors structure.

Donc la clinique démontre l’incidence du trauma comme réel impossible à symboliser : scènes sexuelles, deuils insurmontables, événements de corps, mais ratages caractéristique des conduites d’échec. Dans les années 1920, les symptômes de destinées fatales ont nourri le mythe de cette répétition comme « rencontre impossible », donnant du fil à retordre aux analystes, animés par le cliché de l’interprétation oedipienne. Ainsi, vous vous souvenez de la description que fait Freud du cas d’une femme, d’une femme malheureuse après trois mariages, et qui se retrouve veuve après chacun, à la suite de chacun de ces deuils, de ces morts. Il s’agit probablement d’Hélène Deutsch qui illustrera ce thème dans sa « Névrose hystérique de destinée » en 1930. Les coordonnées restent strictement oedipiennes, dans cet article, mais il perce dans dans ce cas une ouverture sur la jouissance sacrificielle destinée à soutenir l’impuissance du père. Et l’évitement de la rencontre avec le sexuel est bien plutôt le réel du fantasme oedipien.

Dans la passe, dans les témoignages de passe, nous avons des exemples de cet ordre qui sont signalés par exemple dans le rapport conclusif du cartel 2, celui auquel appartenait Esthela Solano, publié dans le numéro 75 de la Revue, de la Revue de la cause freudienne : un homme qui ne s’amourache que de femmes qui l’abandonnent, un autre qui répète le mariage malheureux de ses parents. Le symptôme n’étant pas levé par son déchiffrage oedipien, on a affaire à un sinthome défini comme cycle {signe ? Signe?}de savoir et de jouissance, impossible à traverser à partir de l’ordre symbolique. À la place de l’objet perdu donc qui serait le motif d’une annulation perpétuelle, s’avoue un impératif de jouissance, sous les espèces de cet objet a, voire de déchet, d’objet qui choit. Le réel dont il s’agit ne facilite pas les déplacements, ni les permutations, ni peut-être aucune traversée.

La répétition, pensée dans un premier temps à partir de l’ordre symbolique, se présente donc comme une tentative manquée de surmonter le non-sens de la rencontre. Elle dramatise, déguise, symbolise, ces vertus créatrices qui ont été soulignées par Deleuze et par toute une génération qui a pensé la répétition à partir de la différence, donc comme création, et non pas inertie, stagnation, toujours la même chose, ce n’est pas la répétition du même.

A cela s’oppose finalement une répétition du mode de jouir, solidaire d’un réel insensé, auquel nous sommes sensibles dans cette école. C’est sur ce point là qu’on fait la part de l’un de jouissance comme réitération d’un signifiant unaire, seul, finalement indépendant du trajet de la pulsion et sans autre dialectisable. La répétition, dit Lacan dans L’envers de la psychanalyse, n’est pas « quand c’est fini ça recommence », mais se définit d’un trait en tant qu’il commémore une éruption de jouissance, voyez la page 89 de L’envers de la psychanalyse. On recycle, on retrouve aussi de cette manière le concept de fixation – freudien -, mais il ne s’agit plus d’une fixation insignifiante ou un fantasme, mais d’un un numérique, ouvrant des séries infinies, cette réitération donne le substrat logique, ou encore topologique, comme la droite infinie, au concept aujourd’hui inflationniste d’addiction. Et le XXIème siècle ouvre sans doute un boulevard à toutes ces sortes d’addictions, notamment grâce aux objets de la science dont il a été question précédemment.

Applaudissements.

Rose-Paule Vinciguerra. Merci beaucoup, Serge. Donc je vais commencer par poser quelques petites questions à Esthela, tu nous parles de l’idée que, au fond, tout a commencé par l’observation des astres et ça me faisait penser à ce que Leonardo de {…} a publié récemment sur les semblants, les météores qui sont comme il le définit les arcs-en-ciel de la jouissance – en retournant une formule de Jacques-Alain Miller. Donc au fond, c’est vrai qu’avant la coupure galiléenne, au fond la pensée préscientifique essayait de penser la stratosphère comme tu l’as dit, avec des capitonnages, des signifiants qui étaient largement, tout de même, imaginaires. Donc là tu as bien noté que, avec la coupure épistémologique il y a eu un déplacement, que le discours de la science effectivement, tout ce que tu as développé dans la partie sur la perception, effectivement la coupure galiléenne c’est une coupure, c’est la constitution de la physique et ça ne s’opère qu’à partir des mathématiques. Galilée, avant d’être Galilée, avait essayé de concevoir notamment la chute des corps à partir de toute une série de physiques, il y a la physique d’Aristote, ensuite la physique de l’impetus, je ne vais pas développer cela, je vous renvoie au livre maintenant ancien mais magnifique d’Alexandre Koyré, Etudes galiléennes, et donc au fond, quand il formule la loi de la chute des corps {formule : e=1/2gt2 ?}, au fond il formule une loi qui essaie d’expérimenter mais en trouvant des calculs complètement faux d’expérimentation, il formule une loi qui n’existe pas dans la nature. La loi de la chute des corps, effectivement, pour l’expérimenter, il faut un tube à vide etc., puisque elle annonce que les corps tombent dans le vide avec une vitesse uniformément accélérée et, dans l’air justement il y a la résistance de l’air… Donc effectivement on ne voit pas, on peut cent mille fois jeter des boules du haut d’un gratte-ciel en observant jamais la loi de la chute des corps, je reprends cette exemple pour commenter ce qu’Esthela a développé autour de : la science se construit en totale rupture avec la perception, et donc elle construit finalement des lois qu’elle expérimente à travers des objets expérimentaux qui sont eux-mêmes des objets théoriques, bon.

Mais tu as dit : la science fait surgir des choses qui n’existent d’aucune façon. Voilà, je reprenais ça.

Donc deuxième point, j’en viens à mes questions, c’est que, effectivement, avec la science, il y a du savoir dans le réel, et donc l’émergence de la psychanalyse a été rendu possible parce que la psychanalyse a eu cette conviction que, aussi, l’inconscient c’était du savoir dans le réel, et qu’on allait pouvoir traiter le réel par le symbolique. Alors là tu poses, tu opposes là, très précisément, dans l’usage que Jacques-Alain Miller fait d’un certain nombre d’énoncés de Lacan, tu opposes le signifiant rhétorique, donc, dans la psychanalyse, qui est donc du côté du sens, n’est-ce pas, le signifiant rhétorique qui renvoie à la rhétorique de l’inconscient, à la métaphore et à la métonymie, et puis le signifiant mathématique hors-sens.

Alors je vais d’abord te poser des questions d’explicitations de formules de ton texte qui est très dense, et qui sont les suivantes. Tu dis : Jacques-Alain Miller resserre l’usage de la logique chez Lacan comme relevant de l’usage du signifiant mathématique pour attraper quelque chose du langage. Bon. Plus loin, tu dis : si le réel se noue au langage c’est pour autant que dans le réel il y a du numérable. Et enfin : Le numérable est à entendre ici comme relevant de l’élément, c’est-à-dire du signifiant un. Donc, est-ce que tu peux re-développer cette … voilà, ces énoncés sur le signifiant mathématique et le réel du langage. Bon, ça c’est un premier point.

Alors ma question va porter sur ce qui distingue au fond la psychanalyse de la science. Certes pour Lacan, on peut attraper la jouissance avec le signifiant mathématique, comme Lacan l’a fait dans La logique du fantasme, dans les formules de la sexuation, mais est-ce qu’au fond, là je te pose une question à laquelle tu cas sûrement savoir répondre : l’un du nombre ne met pas en jeu le corps, et donc, au fond quand Jacques-Alain Miller développe l’un d’une essence {?}, en particulier dans le cours qu’il a fait l’année dernière, au fond c’est l’un du signifiant un qui s’inscrit dans la jouissance du corps, dans la jouissance auto érotique du corps, ma question porte sur l’un du nombre et l’un de jouissance.

Bon. Alors pour en revenir précisément à ton exposé, donc tout à l’heure je disais que la science avait effectivement traité le réel par le symbolique et donc, repoussait toujours plus loin les limites du réel, mais tu montres dans ton exposé que le discours de la science a produit un nouveau réel, au fond, censé parasiter le symbolique ou maîtriser le symbolique. Tu fais référence, effectivement, à tous les objets que tu as énoncés aujourd’hui, tous les objets qui viennent perturber le corps, suppléer au corps, les déchets de poubelle dans l’espace, je dois dire que ça c’est particulièrement, enfin, on n’imagine pas que les poubelles sont au-dessus de nous… Donc la question que je voulais te poser c’est tout d’abord, c’est, au fond, tous ces objets, quelle … Est-ce qu’ils incident sur nos symptômes ? Et puis, quand tu parles aussi des objets, le téléphone etc., avec lesquels nous sommes en permanence connectés, au fond la question c’est, comment …

{Sonnerie d’un téléphone et rires dans la salle}

… c’est drôle ! Là c’est le réel qui vient vraiment perturber le symbolique ! Comment tous ces objets, gadgets etc., que tu appelles d’ailleurs des « bouts de réel issus de la formalisation », c’est assez joli parce que Serge emploie le mot « bout de réel hors structure », comment ils se connectent avec les corps vivants, notamment le regard, la voix, là, ce que tu disais des déchets qui circulent dans l’espace, je me disais, en t’écoutant, nous sommes sous le regard des déchets, nous sommes regardés par des déchets dont nous ne savons pas qu’ils nous regardent et … bon j’élucubre un peu, comme ça, tout ce qui me passe par la tête.

Donc lien avec les nouveaux symptômes, lien au fond de ces objets avec la pulsion dans les corps vivants : comment le regard, la voix, sont-ils attrapés par ces nouveaux objets ? Voilà, et puis alors évidemment, dernière question, qui est celle qui nous concerne, au fond … Voilà, lorsque l’analyste aujourd’hui, qu’est-ce qu’il a, comment est-ce qu’il peut faire lorsque justement, on est en présence du Y a d’l'Un ? – qu’a développé Jacques-Alain Miller.

Esthela Solano-Suarez. C’est difficile !

Rose-Paule Vinciguerra. Quatre questions ! Tu les a notées, mais si tu veux je les répète. Au fond, c’est ça : quelle place de l’analyste dans cette nouvelle configuration ? Est-ce que l’interprétation classique vaut encore ?

Fin de la partie 1 / 2

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